Космический рейс - Voyage cosmique - Cosmic JourneyCopyright C.Mettavant © 2006

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Cette page concerne la ville de Moscou et ses principaux bâtiments.
 


La ville de Moscou & l'Institut




La ville de Moscou dans le futur a été construite sur un plateau de tournage de 200 mètres carrés par les décorateurs du film, après consultation de Vadim Petrovich Ryndine (В. Ф. Рындин), célèbre peintre et décorateur de théâtre (tel le Bolchoï), qui entrera à l'Académie des Beaux-Arts russe. Zhuravlev n'avait pas limité sa recherche d'exactitude scientifique à la description de la fusée, mais il avait élargi cette exigence à tous les aspects du film : intérieur des bâtiments, instruments, et pour finir un impressionnant travail de création et de maquettisme afin d'imaginer la ville de Moscou telle qu'elle serait en 1946.

Nota : initialement l'action devait se dérouler en 1950 ainsi que l'avait expliqué Zhuravlev dans la Komsomolskaïa Pravda du 24 mai 1934. Le scénario du film décrivait Sedhyk, un ancien ouvrier et soldat de la révolution russe. En 1920, il avait repris des études et avait obtenu finalement le titre d'académicien. Passionné d'astrophysique il s'était centré sur la problématique des voyages interplanétaires. Le film décrivait donc le parcours de 30 années de ce scientifique et la réussite à laquelle le pays lui permettait d'accéder. L'année 1946 fut retenue par la suite dans la volonté de démontrer ce que le pays communiste était capable de faire dans le temps des dix années correspondant à deux plans quinquennaux.

Les deux bâtiments principaux.

 
Le premier bâtiment de la capitale moscovite, bien visible au deuxième plan de l'image ci-dessus, est le Palais des Soviets. Ce bâtiment voulu par Staline en hommage à Vladimir Ilyich Lénine, fit l'objet d'un concours international au tout début des années 1930. Avaient notamment participé les architectes français Le Corbusier et Marcel Breuer. C'est finalement le projet de Gelfreickh, Iofan et Shchuko qui fut retenu en 1934.

Le bâtiment devait mesurer 315 mètres de hauteur, le tout surmontée d'une gigantesque statue de Lénine de près de 100 mètres !

La Cathédrale de Christ-Sauveur fut rasée le 5 décembre 1931 pour en libérer le site. Mais le palais ne put jamais être construit, et finalement en 1995 la Cathédrale fut reconstruite !
Les maquettistes de la ville de Moscou avaient donc représenté ce fameux palais tel qu'ils pouvaient en imaginer l'apparence supposée en 1946 une fois les travaux terminés.

Wikipedia



D'autres projets non retenus.


Dessin du projet du Palais
des Soviets qui avait été
retenu sans jamais être
réellement réalisé.


Image extraite de Техника Молодежи, revue de vulgarisation scientifique - 1939


Couverture de la revue citée ci-dessus : on y voit la statue de Lénine, semblant saluer le passage de ballons dirigeables comme les imaginait Tsiolkovski !

 
Le deuxième élément majeur de la ville est le Bâtiment de l'Institut des Voyages Interplanétaires, un ensemble architectural massif comprenant le centre de recherche, le hangar de construction des fusées et la base de lancement de laquelle s'élance la rampe. Dans un article de la Komsomolskaia Pravda du 18 janvier 1935 le journaliste Dolgopolov précise que ce bâtiment est 40 fois plus grand que la gare de Kiev à Moscou !

Sur l'image ci-contre, reconstituée à partir de plusieurs images du film, le bâtiment de l'Institut est à gauche, surmonté d'une grande tour décorée d'une statue représentant le deuxième étage de la fusée, dans une représentation faisant écho au Palais des Soviets. C'est un bâtiment d'architecture monumentale, une structure béton qui n'est pas sans rappeler ce que produiront les architectes soviétiques et surtout allemands, dans ces années précédant la deuxième guerre mondiale.

Du bâtiment et de son hangar s'échappe la rampe de lancement qui s'élève au-dessus de la ville de Moscou. On notera que par effet de perspective mais aussi certainement par volonté de grandiose, l'arche domine largement le Palais des Soviets ! On peut imaginer qu'une telle image ait pu surprendre, et que de montrer la technique dominant les représentants du peuple a pu participer à la déchéance rapide du film.


Image extraite du film sur
laquelle on peut voir de gauche
à droite : le bâtiment de
l'Institut surmonté d'une fusée,
la rampe de lancement et sous
celle-ci le Palais des Soviets.


 
La maquette de la ville de Moscou construite pour le film était assez fine pour que l'on puisse en observer certains détails. Ainsi sur la tour du bâtiment de l'Institut on peut remarquer les projecteurs et au sommet une représentation de la partie avant de la fusée.

Cette tour se détache à peine d'un fond peint représentant un ciel très nuageux, chargé de gros cumulus lourds.

Les bâtiments de l'Institut et du Palais étaient peints par Shvets, Tiunov et Utkin. Dans chacune des fenêtres étaient insérés de petits miroirs : ainsi par les jeux d'éclairage on pouvait donner une impression de volume. C'est F.Krasnym qui était chargé de l'animation autour des bâtiments : la scène de déplacement le long de l'avenue sous la rampe de lancement a ainsi demandé une animation millimètre par millimètre sur cette maquette de près de 10 mètres de largeur.

 




Sur cette scène composée à partir de plusieurs images du film, ce qui donne une fausse impression de courbe de la rampe qui est en fait rectiligne, on peut constater qu'elle commence directement à l'intérieur du bâtiment principal, celui de l'Institut à droite de l'image, et qu'ensuite elle passe au-dessus de la ville, de ses arbres et ses avenues. Pour cette séquence de travelling au cours de la vingtième minute du film tous les véhicules circulent, indiquant une nouvelle fois une animation image par image de très bonne qualité.


La rampe de lancement


La rampe de lancement
C'est également une imagination de Tsiolkovski. Ses recherches s'étaient concentrées sur la première partie du vol d'une fusée, le moment où l'engin est très lourd puisque entièrement rempli de combustible. Une solution était l'acquisition d'une première partie de la vitesse sur une rampe, dont l'extrémité recourbée transformait la vitesse horizontale en vitesse verticale. Dans ses cahiers de travaux il en avait représenté le principe ainsi :

rampe

Le premier étage de la fusée n'était alors utile que pour la phase d'accélération et seul le deuxème étage s'envole de la rampe. L'accélération devait être violente ! Par la suite les deux étages resteront accouplés un peu plus longtemps, bien que dans le film la séparation se fait après quelques secondes seulement. La rampe est restée pour Tsiolkovski un principe incontournable du lancement des fusées. Cette idée avait alors été dessinée dans plusieurs articles de l'époque :
La troisième image comprend également une autre solution au poids de la structure, c'est la fusée à plusieurs étages. Ainsi, au fur et à mesure de la combustion du carburant l'engin peut s'alléger des structures devenues inutiles.
Cette image est parue en 1936 en Union Soviétique dans le périodique technique "Техника Молодежи". La rampe de lancement qui y est décrite par le professeur G.I. Pokrovski est constituée de deux parties successives :
- la partie construite sur un pont, équipée de rails sur lesquels un chariot supportant la fusée peut rouler pour la première accélération.
- une deuxième partie assise sur la montagne et se terminant presque à la verticale, sur laquelle se trouvent deux rails supplémentaires stabilisant la fusée.
L'accélération est impulsée par des électro-aimants. Leréacteur de la fusée n'est allumé qu'à l'issue de cette phase.
Voici quelques autres phrases extraites du même article, "Vol en fusée", aimablement traduites du russe par Patrice Cazal :


Titre de l'article


La fusée sur sa rampe


La station terrestre


La science-fiction doit, dans un proche avenir, attirer l’attention des artistes. Devant eux s’ouvre un champ sans limites d’applications de leurs forces créatrices et de leurs dons. Ce n’est pas un hasard si, des centaines d’années avant notre époque, les artistes les plus cultivés de leur temps, comme Léonard de Vinci ou Albrecht Dürer, ont produit de nombreux dessins et gravures, consacrés au fantastique technique. Pour que tout ce qui vient d’être dit ne soit pas une pensée en l’air, je me suis permis d’illustrer les idées que j’ai énoncées par quelques esquisses, dont les reproductions sont données ici. Cette série est consacrée aux voyages interplanétaires en fusée - une question qui a été traitée plus d’une fois dans la littérature scientifique et de popularisation.

La fusée cosmique est prête au départ. On donne les dernières instructions. Le pilote dit adieu à ses camarades avant de monter dans la fusée. Elle est fixée à son chariot de départ. En se mouvant sur une voie adaptée, le chariot donne à la fusée sa vitesse initiale. Les réacteurs de la fusée elle-même se mettent en route après. Vous distinguez de façon plus détaillée la queue de la fusée qui consiste en deux tuyères concentriques de grand diamètre. Pendant le vol, des gaz sont expulsés de ces tuyères, ce qui a pour résultat de faire acquérir à la fusée une impulsion correspondante vers l’avant. On voit près des tuyères des gouvernes qui agissent sur les gaz éjectés, ce qui permet de changer la direction du vol. La tuyère interne est active, l’externe sert à produire des gaz qui refroidissent la tuyère interne et l’enveloppe intérieure de la fusée. Le revêtement peut s’échauffer sous l’effet de la grande vitesse de la fusée dans l’atmosphère terrestre et des autres planètes.
Il faut noter que l’action se produit sous des latitudes méridionales. Ce que soulignent les palmiers sous le pont à gauche. L’installation de la base de lancement au sud a pour avantage de rajouter à la vitesse atteinte par la fusée lors de son départ celle de la rotation de la Terre. Le bénéfice est léger, mais, sans doute, la technique du futur tiendra-t-elle compte de cette subtilité.
La fusée est partie dans l’espace cosmique. L’essentiel maintenant est de garder le contact avec elle. On a prévu à cette fin des stations observa- toires de haute montagne. On peut voir ici trois installations différentes. Celle du milieu représente un puissant radiogoniomètre. On voit sur la tour trois cercles perpendiculaires les uns aux autres dans lesquels sont disposées des cadres-antennes. En juxtaposant la force des signaux reçus par ces trois antennes, on peut déterminer la direction d’où provient le signal. On peut donc, dans ce cas-là, établir les coordonnées astronomiques de la fusée si elle envoie des signaux radio. On voit au loin à gauche un observatoire ordinaire avec le télescope  duquel on  peut, la nuit, viser avec précision la fusée, si la partie du ciel où elle se trouve a été établie par radiogoniométrie. Enfin, à droite, est installé un énorme miroir parabolique adapté à la réception des ondes ultracourtes pour établir la liaison avec la fusée. L’installation est d’une grande puissance, car la distance séparant de la fusée peut être très importante. Dans le défilé on remarque les pylônes de courant à haute tension qui amènent l’énergie jusqu’au puissant émetteur radio.
L'image ci-contre est extraite du film allemand "Weltraumschiff I startet", court-métrage tourné en 1937 par Anton Kutter. La fusée qui va partir vers la lune s'élance également sur une rampe d'un modèle similaire.
En réalité l'histoire retiendra que ce n'est pas Anton Kutter qui a filmé les images de ce film : elles provenaient de séquences enregristrées pour deux longs-métrages allemands stoppés en raison des préparatifs de guerre. A. Kutter réalisera ainsi un court métrage à but principal de simple propagande.
Une autre image pour démontrer que l'idée a continué de rester présente parmi tous les auteurs : dans le film américain "When Worlds Collide" de 1951, la fusée destinée à emporter une nouvelle arche de Noé pour fuir la terre menacé par un météorite décolle elle aussi à partir d'une rampe.
Film "When worlds collide" 73 ème minute
Film "When worlds collide" 31 ème minute
Image extraite du film "When worlds Collide" (31 ème minute)
Image publiée en 1974 dans la revue soviétique "Знание - сила". On y voit parfaitement le hangar où se trouve la fusée et d'où s'élance la rampe de lancement.
 

1952

1954


Ce schéma explique les forces en présence dans un décollage vertical ou pour un départ sur une rampe . 1954

 
Enfin pour terminer ce paragraphe sur les rampes de lancement, je signalerai le premier film dans lequel une rampe est utilisée pour propulser un engin dans l'espace : c'est un film datant de 1904, "Le voyage à travers l'impossible" réalisé par Georges Méliès. Ce dernier réédite son premier film, "Le voyage dans la lune", mais cette fois vers le soleil. Il nous propose une description façon Jules Verne de différents engins comme des ballons, le sous-marin, des voitures à grande vitesse.
Au mileu du film les voyageurs, installés dans un train soutenu par des ballons dirigeables (est ce que ce sont ceux décrits par Constantin Tsiolkovski ?), s'élancent rapidement sur les flancs d'une montagne afin de s'envoler dans les cieux, traverser l'espace et se poser sur le soleil. Réfugiés dans un wagon frigorifique, ils reviendront sur terre à bord d'un sous-marin qui plongera dans l'océan !

La scène du lancement.

Au bas de la rampe le mélange pyrotechnique est enflammé et les flammes jaillissent ...
... en même temps que le câble commence à tirer la maquette qui accèlère...
... et qui gravit la totalité de la longueur de la rampe de décollage !

La scène du lancement de la fusée a nécessité la coordination de plusieurs corps de métier : maquettiste, artificier, directeur de l'animation, opérateur. Le corps métallique de la fusée était rempli de produit pyrotechnique qui était enflammé lorsque la fusée était au bas de la rampe de lancement. Au même moment, un câble tiré par un palan électrique assurait le mouvement de la maquette de la fusée sur la rampe. Plusieurs essais furent nécessaires pour améliorer l'effet pyrotechnique, pour synchroniser les événements, afin de rendre crédible le mouvement de la fusée.


Le hangar de l'Institut

 
Ces images sont extraites du projet dessiné par Youri Shvets et transmis pour validation à Constantin Tsiolkovski. La construction finale sera très proche de cette proposition.
Sur l'image de droite la forme et la structure de la rampe de lancement sont bien visibles, ainsi que le point de départ à l'intérieur du hangar.

 
On peut cependant noter que la forme finale de la fusée sera légèrement différente, et tout particulièrement les ailerons qui étaient petits et situés à la base de la fusée sur le projet, grands et parcourant tout le long de la fusée dans le film réalisé.
Sur l'image de droite on peut voir Zhuravlev en conversation avec Tsiolkovski lors de leur rencontre à Kaluga.

Image de gauche parue dans le journal "La vérité du Komsomol" (Комсомольская правда) du 24 mai 1934. Image de droite provenant des archives personnelles de Tsiolkovski

 


La maquette du hangar avait été construite à la taille du 1/25, c'est à dire que les objets étaient représentés 25 fois plus petits que leur taille réelle. Il était l'oeuvre du peintre Youri Shvets associé au peintre-animateur Fiodor Krasne : ce dernier avait ainsi calculé que les personnages devant avoir la taille minimale de 7 cm de hauteur il en avait déduit toutes les dimensions..
La fusée d'environ 100 mètres de long était alors représentée par une maquette de 4 mètres. Le poids calculé de la fusée étant d'environ 100 tonnes, les ingénieurs ont déterminé le type de structure permettant d'en soutenir le poids : c'est de cette façon qu'ont été déterminées les constructions en métal et béton armé sensées supporter l'engin spatial.
Au total le hangar d'une dimension théorique de 450 mètres de long et 250 mètres de large se trouvait ainsi représenté dans une maquette de 18 mètres sur 10, contenant les deux fusées, les structures de support en croisillons, l'ensemble étant animé par de nombreuses poupées représentant les ouvriers, machinistes et chauffeurs. Au début du film la scène de travelling réalisée dans le hangar a ainsi été réalisée image par image, permettant l'animation des personnages poupées millimètre par millimètre. Ce travail dura effectivement plusieurs mois, et le résultat est très satisfaisant : le déplacement de la caméra est fluide, sans heurts, l'animation des véhicules et des personnages est vivante, même si on perçoit bien qu'il s'agit d'une maquette.

Le chef éclairagiste expérimenté, V.A.Kuznetsov, était à la tête de toute une armée d'éclairagistes car les scènes et les plateaux demandaient beaucoup de lumière, comme pouvait en témoigner la consommation impressionnante pour l'époque de près de onze mille ampères pour alimenter l'ensemble des appareils. Les décors étaient alors éclairés par 14 projecteurs d'un mètre de diamètre, complétés de 105 appareils d'éclairage divers. C'est cet ensemble qui permettait de créer l'ambiance lumineuse attendue.


La transition entre le hangar et la rampe de lancement se fait par un demi-dôme qui s'ouvre en éventail lors du lancement des fusées.
Cette image n'est pas extraite du film : elle est parue dans le périodique "La Vérité du Komsomol", Комсомольская правда, du 9 décembre 1935, peu de temps avant la sortie du film. cette image de la maquette présente le double intérêt de monter à la fois la disposition générale du hangar avec son toit arrondi et également l'arrière des maquettes des fusées qui ne seront en fait jamais visibles dans le film. Au centre se trouve le réacteur, autour sont disposés 3 fois 3 petits réacteurs de correction de la trajectoire, et trois ailes disposées en triangle.
Chacun pourra voir ici une nouvelle fois un témoignage de la minutie avec laquelle les décors et maquettes avaient été réalisés.
Photographie originale du plateau de tournage du hangar
Photographie originale de celle publiée ci-contre
Autre image non publiée (retrouvée dans les archives de Tsiolkovski après sa mort). Zhuravlev avait a plusieurs reprises transmis quelques photographies prises sur les lieux de tournage.
Peu de ces images ont été retrouvées.
 


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mise à jour le samedi 26 février, 2011 /// http://project.mettavant.fr/kosmic.htm
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