Космический рейс - Voyage cosmique - Cosmic JourneyCopyright C.Mettavant © 2006

Le Film (origine, création) Les auteurs du film (cinéaste, artistes, techniciens, conseillers) Les acteurs du film La fusée du Film (décors, animation) La Ville de Moscou et l'Institut (ville, rampe de lancement) La Lune (décors, animation) Les films avant 1935 Les films après 1935 Les oeuvres anticipatrices (Verne, Tsiolkovski)

Cette page concerne la création et le scénario du film. On y trouvera donc successivement :
- l'idée originelle du film et les rencontres entre le réalisateur Vassili Zhuravlev (Василий Журавлев) et le scientifique Constantin Tsiolkovski (Константин Циолковский).
- la sortie du film et les premières réactions qui permettent de comprendre sa rapide disparition.
- les consignes de Tsiolkovski permettant de garantir l'exactitude scientifique du film. Pour la première fois vous pourrez lire la traduction des courriers échangés entre le scientifique et le cinéaste (un grand merci renouvelé à Patrice Cazal)
- les autres projets qui auraient pu suivre ce premier film si son succès avait été confirmé.
- enfin pour terminer cette partie quelques informations sur la redécouverte du film.

Une deuxième partie plus ludique aborde le scénario et la réalisation du film :
- les erreurs de réalisation ou de montage.
- les autres scénarios de films qui se sont inspirés du film de Zhuravlev.
- la polémique : Le Voyage Cosmique est-il une copie du film Frau im Mond ?
 


Le film



L'histoire de la création du film commence dans la toute jeunesse de son créateur, le cinéaste Vassili Zhuravlev (Василий Журавлев) . Interrogé en 1954 dans la revue "La connaissance- La force" (Знание - сила, N°11 de 1954), il en raconte la genèse qui commence dans sa toute jeunesse.

En 1924 alors qu'il avait tout juste 20 ans et qu'il faisait ses études au VGIK, l'Institut Cinématographique d'Etat, il écrit un premier scénario de film "L'espace" (ou "La Conquête de la Lune par Monsieur Foksom et Monsieur Trottom", Завоевание Луны мистером Фоксом и мистером Троттом) acheté par Goskino, qu'il décrira lui-même comme très naïf et techniquement irréalisable. Zhuravlev indiquera que le scénario avait toutefois servi lors de l'écriture du scénario du dessin animé "La Révolution Interplanétaire" de 1924 (Межпланетная революция). Le film ne se fera donc pas mais dans la tête de son auteur l'idée de la création d'un tel film était née.
 
A cette époque le cinéaste Yakov Protazanov (Яков Александрович Протазанов) entame la réalisation de son film Aelita, le premier film de science-fiction soviétique. Pour l'agrémenter il fait appel à Nikolaï Khodataev (Николай Ходатаев) afin d'ajouter quelques séquences animées. Ce dernier enrôle Zenon Komissarenko (Зенон Комиссаренко), qui travaillait déjà sur le film pour les trucages, et Youri Merkulov (Юрий Меркулов) . Finalement l'affaire ne se fera pas, Protazanov estimant que les scènes ajoutées risquaient d'alourdir le film et d'en faire perdre la compréhension.
Cependant les trois dessinateurs enthousiastes décideront de produire leur propre film d'animation et, pour écrire leur scénario, s'inspireront de celui de Zhuravlev.


Un film créé sur commande du gouvernement soviétique.
En 1932 le Komsomol (Jeunesses Communistes du Parti communiste d'Union soviétique) demande aux créateurs de cinéma de mettre en chantier, pour les jeunes spectateurs, le plus possible de films sur les sujets les plus divers, y compris de science-fiction : en 1934 un article d'une revue sur le cinéma annoncera ainsi que "Nous en URSS devons créer le film de science-fiction sur la vie dans notre pays dans 6 à 10 périodes quinquennales".
A cette époque la plupart des scénarios de science-fiction essayaient de décrire un futur assez lointain, la période de référence communément utilisée étant le siècle : que sera notre vie, notre environnement, nos techniques dans 100 ans ? Ce n'est qu'après la deuxième guerre mondiale et l'approche de l'échéance du vingtième siècle que la nouvelle référence deviendra l'an 2000. Concernant les souhaits exprimés par le Komsomol, la vision future attendue était celle de 30 à 50 années. Mais si ce délai peut paraître relativement court, le scénario le réduira très fortement à deux quinquenats, 10 ans, tant il semblait trop lointain de décrire ce premier vol spatial alors que la technique progressait à grand pas et que le gouvernement soviétique annonçait des plans et des objectifs ambitieux à la réalisation de son programme de développement. Ce film annonce donc un avenir proche, accessible, à la portée d'une nation volontariste.

Zhuravlev, qui s'était déjà orienté vers la réalisation de films destinés à la jeunesse, prend alors contact avec le scénariste Alexander Filimonov (Алекса́ндр Филимо́нов, qui avait déjà été son scénariste pour Bombist en 1931) afin de lui demander d'écrire le sujet d'un film racontant le premier vol pour la Lune. En 1933, après une nouvelle conversation avec Sergueï Eisenstein (le fameux cinéaste, à l'époque responsable de l'un des deux regroupements à l'origine de Mosfilm, le GUKF Gosudarstvennoe upravlenie kinematografii i fotografii, lui avait recommandé de lire le livre de l'astronome anglais James Hopwood Jeans) et afin de répondre au souhait d'exactitude scientifique il prend contact avec le réputé théoricien, Constantin Tsiolkovski, pour lui demander des conseils sur la création d'un film scientifique et son accord pour devenir le consultant scientifique du futur projet.
Le 20 juin 1933 Tsiolkovski écrit à Zhuravlev : " Très cher Vassili Nikolaïevitch, avant [tout], je pense composer le schéma et l'album des dessins de la fusée des "Voyages", je vous répondrai après. Il me faut d'abord me plonger dans cette affaire et évaluer sa difficulté. Je ne voudrais pas faire un mauvais film (et ils sont tous si mauvais). Dans dix jours ou plus, j'aurai composé l'album des dessins. Alors, je vous informerai.". Et il ajoute : "Je ne dessine pas. Il faudra recourir à un artiste. Avez-vous lu mon « En dehors de la Terre » ? Si vous ne pouvez pas le trouver, faites-le moi savoir. Je vous l’enverrai pour un mois, après quoi, je vous demande de me le retourner, car j’en ai peu. La mise en scène des tableaux est difficile, car les actions ne sont pas habituelles et sont difficilement reproductibles sur la Terre. Un rendez-vous est nécessaire et je le fixerai après l’album et après réflexion.".

Il a certainement reçu une réponse de Zhuravlev puisque le 30 juin 1933 il envoie la lettre suivante : "Très cher Nikolaï Vassiliévitch. Votre lettre express a été reçue. Mon travail de préparation sera celui-ci :
1 Description pour l'album.
2 L'album (schématiquement).
3 Les indications sur l'album pour l'artiste [le peintre].
4 Des explications pour vous, personnelles, à voir lors d'un rendez-vous, comment reproduire les mouvements des gens et des objets inhabituels pour la Terre. Il me faudra plus de 10 jours de temps. Je tiendrai au courant de la progression du travail. Je vous envoie "Hors de la Terre". A me renvoyer à ma demande. Vous en tirerez quelque chose. Prévenez-moi de la réception avec une carte postale (sans faire de manières) : le courrier a été reçu.
". Il précise enfin en post-scriptum : "Quand notre rendez-vous sera utile, je vous le dirai. J’ai beaucoup d’autres travaux (bénévoles d’ailleurs).".
On le voit, si Tsiolkovski pensait rapidement travailler sur l'Album, il prévenait déjà d'un possible délai plus long du fait d'autres activités. Cet avertissement était judicieux puisque, on le verra par la suite, l'écriture des instructions durera plusieurs mois.

Nota : cette lettre comportait en introduction des précisions sur la localisation de sa maison : "Kalouga. C'est l'ancienne rue Korovinskaïa, qui commence derrière le square du théâtre, normalement rue du Théatre, il faut aller toujours vers le bas, jusqu’au dernier numéro le 79, près du fleuve Oka.".

Comme promis le vieux scientifique donne régulièrement des informations au cinéaste. Il s'est totalement engagé dans le travail préparatoire et décrit l'avancement de ses travaux le 10 juillet 1933 : "Lettre à SOVKINO. Très chers camarades !
Il n'y a pas beaucoup de dessins dans mes livres, et ceux qui y figurent sont insuffisants. Votre venue est indispensable. L'illustrateur (plus rapidement), le scénariste, l'auteur et le camarade Jouravliov sont indispensables. Ne prenez pas moins de 100 grandes feuilles de papier pour les dessins et des crayons. J'ai des fusains. Mon papier ne va pas suffire.
Prenez toutes les personnes que vous estimez utiles. Bien sûr, vous choisirez les dessins réalisables et convenables. Je me dois de vous en proposer un grand choix.
Il vous faudra rester à Kalouga une dizaine de jours. Annoncez-moi votre venue une semaine à l'avance.
Je donnerai mes schémas à l'illustrateur lui-même. Ils sont suffisants mais ont besoin d'explications. SOVKINO ne peut-il pas éditer mon livre (pas encore terminé) "Voyages cosmiques".
J'ai pensé écrire la nouvelle "Aventures cosmiques" (en parler lors de notre rencontre).
Pour travailler attendez notre rencontre et l'examen des dessins, je travaille intensément.
Pour le moment, je vous envoie les légendes des dessins. Avant notre conversation je vous prie de ne pas composer le scénario.
Dans un mois je vous demanderai de venir chez moi, alors vous pourrez le composer."
.


Dès le 21 juin 1933 Tsiolkovski avait travaillé à la préparation du film en rédigeant un petit cahier de consignes, l'album des voyages spatiaux, contenant une trentaine de pages de schémas, dessins, explications et même une table des matières, il n'en finira toutefois la rédaction que le 26 octobre 1933. En effet, le 6 août 1933 il informe de son retard : "Le travail monotone me fatigue, c’est pourquoi je n’ai pas pu beaucoup travailler sur le film « les Fusées ». L’album est fait très grossièrement, les commentaires ont pris 22 jours d’écriture à la machine et ne sont pas encore terminés. Ces travaux m’ont fait beaucoup réfléchir, mais ne vous sont pas utiles. Les enfants et le public ne peuvent pas faire la différence entre vérité scientifique et fantaisie brute. Il leur faut quelque chose d’intéressant, et j’ai du mal à comprendre en quoi cela consiste. Vous êtes plus apte à comprendre.".
Il confirme alors qu'il invitera bientôt le cinéaste : "Je vous retiens, mais vous pouvez toujours venir chez moi (en prévenant par lettre une semaine à l’avance). Je suis prêt à donner une réponse à toutes vos questions : je m’y suis un peu préparé. Seulement je vous préviens que je n’ai rien pour des prises de vue, il n’y a rien à filmer (Je préviens pour n’ennuyer personne et ne pas entraîner de dépenses inutiles). Les livres envoyés vous ont-ils été suffisants ? Retournez-moi « Hors de la Terre » à votre venue ou par la poste.".
On retrouve en cette fin de lettre l'esprit économe du scientifique qui usait ses crayons jusqu'au bout, qui cherchait à récupérer les livres prêtés et non donnés, et qui était également attentif aux dépenses des autres !

Zhuravlev ne devait pas être disponible, aussi dans une nouvelle lettre du 27 août 1933 Tsiolkovski indique : "j’attendrai". Il ajoute enfin en prévision de leur rencontre : "Ne pouvez-vous pas trouver une poupée aux bras, jambes et tête mobiles. Prenez-en une, elle vous sera utile.".

Le 8 septembre 1933, c'est Lev Indenbom qui écrit à Tsiolkovski pour lui confirmer la volonté de Sovkino de le solliciter comme consultant : " Cher camarade Tsiolkovski .
La ciné-fabrique de Moscou se prépare à mettre en scène en 1934 un film de science-fiction destiné essentiellement à de jeunes spectateurs. Pour réaliser ce film a été désigné le metteur en scène V.Jouravliov qui a une grande expérience des films pour enfants.
Nous avons l’honneur de vous demander de prendre part, en qualité de co-auteur, à l’écriture du scénario de ce futur film. Nous estimons que vous pourriez y prendre part aussi bien comme consultant pour la mise au point de la partie scientifique du scénario de ce futur film, que comme consultant pendant la réalisation (ce travail ne sera en aucun cas lié à l’obligation de votre venue à Moscou).
Nous avons désigné un scénariste qualifié pour le travail sur le scénario..
Selon nos plans, le travail sur le scénario doit être terminé pour le 1er février 1934.
Nous vous prions de confirmer votre accord à la participation à ce travail, à la suite de quoi nous vous enverrons sans tarder le projet de contrat et les honoraires dus pour votre futur travail.
"
Cette lettre peut surprendre car on pourrait facilement la situer quelques mois avant, au moment de la prise de contact avec le scientifique. Envoyée en septembre elle peut être imaginée comme une confirmation formelle des premiers échanges entre Tsiolkovski et Zhuravlev, et notamment des conditions du contrat.
Indenbom veut rassurer dans cette lettre le scientifique sur les qualités de Zhuravlev qui, malgré son jeune âge, a déjà réalisé quatre grands films destinés aux enfants.

En septembre 1933 Tsiolkovski terminera une partie des instructions pour les acteurs.
En novembre 1933 il envoie une lettre express aux studios pour inviter l'équipe à Kalouga. Il précise dans son courrier : "A SOVKINO. Très chers Camarades !
Je vous envoie mon programme de dessins pas encore tout à fait au point. Les dessins sont des brouillons et ils n’y sont pas tous. Ne vous pressez pas pour faire le scénario etc. Discutez avec moi avant. Pour le moment, je travaille. Votre Tsiolkovski"


 

Photographie de la première rencontre de 1933.
On peut y voir de gauche à droite : Victor Shklovsky, Vassili Zhuravlev, Vera Kuznetsova (la sténotypiste que Tsiolkovski appelait "la respectable camarade Kouznetsova que je salue avec chaleur" ), Lev Indenbom, Constantin Tsiolkovski.

Shklovsky indiquera en 1957 que cette photographie est tout ce qu'il reste de cet entretien, les notes prises lors de cette rencontre ayant été détruites.
Il précisera également que 5000 roubles furent versées à Tsiolkovski. C'est Indenbom qui s'occupa de lui faire signer le contrat.





La première rencontre avec Tsiolkovski.
A la suite de cette dernière invitation à venir le rejoindre, le jeune Vassili Zhuravlev, qui n'avait pas encore 30 ans, accompagné par Victor Shklovsky, scénariste et écrivain, L A Indenbom, directeur, et Vera Kuznetsova, sténotypiste et assistante d'Indenbom, se rendent ainsi lors de l'automne 1933 chez Tsiolkovski dans la maison qu'il occupait alors Kalouga (Калуга) , au bout d'une rue où le pavé disparaissait sous les herbes et les flaques d'eau et où gambadaient des oies et un canard (Tsiolkovski passera les deux dernières années de sa vie dans une autre maison mise à sa disposition par les dirigeants soviétiques de la ville). Tsiolkovski qui attendait ses visiteurs les accueillent : " Ainsi vous vous êtes réunis pour la Lune. Eh bien, faisons connaissance.".
Shklovsky
décrit cette rencontre à Kalouga dans ses mémoires : "La rencontre était en vérité ordinaire. Dans le jardinet il y avait une bicyclette. Sur un gros fil de fer pendait une lampe à pétrole. Tsiolkovski montrait fièrement aux visiteurs les couteaux et les fourchettes du premier acier inoxydable soviétique. "Enfin nos métallurgistes ont appris à faire le métal nécessaire à la construction du dirigeable et la fusée !" Les visiteurs buvaient le thé et étourdissaient le maître de mille questions".

Ils y observent et discutent la forme des fusées, les contraintes des cabines, toutes les questions relatives au lancement des fusées, au vol, à l'alunissage, aux trajectoires, à l'apesanteur. Le scientifique leur remettra ainsi un petit recueil contenant une trentaine de feuillets (ces documents, regroupés dans un "Album des Voyages spatiaux", Альбома космических путешествий, seront publiés dans un livre en 1947, ainsi que la brochure qu'il avait publiée en 1929, "Цели звездоплавания").
Tsiolkovski répond à toutes les questions et quand Zhuravlev retourne à Moscou il dispose alors de l'ensemble des éléments essentiels pour commencer son film. Filimonov écrit le scénario, Shvets va bientôt commencer à travailler sur les décors. Cette première étape est difficile car tout est à imaginer et à construire, il n'existe pas de modèle ou de prototype : le vaisseau spatial, la rampe de lancement, le bâtiment de l'Institut sont des concepts nouveaux.

Tsiolkovski déjà âgé de 78 ans, ayant compris ce qu'attendait de lui le cinéaste, passera dès lors presque la moitié de son temps à calculer, imaginer, dessiner pour fournir les bases scientifiques du film. Il avait retrouvé une certaine jeunesse à l'idée de donner ainsi à ses principes théoriques une forme visible et concrète, support de vulgarisation et de diffusion auprès d'un large public. Les années durant lesquelles il avait été un enseignant lui permettaient de comprendre la façon d'expliquer aux enfants.

Mais la production du film n'est pas chose aisée, et dans un long courrier du 29 décembre 1933 Zhuravlev indique à son éminent consultant : "Avant toute chose excusez-moi pour mon long silence. Ces derniers temps, un travail de production colossal, des ennuis personnels et, surtout, le combat pour faire avancer notre sujet, ont englouti tout mon temps.
Aujourd’hui, c’est bien parti – pas plus tard qu’hier, notre travail a été approuvé par les organisations cinématographiques dirigeantes. Ma demande de monter un film sur les liaisons interplanétaires a été accueillie exceptionnellement bien. Votre accord et votre participation active ont été reçus avec un enthousiasme exceptionnel. Toute cette atmosphère sert maintenant d’appât pour tous les travailleurs de notre organisation. Ses meilleurs forces créatrices veulent nous apporter leur participation, fut-elle minime.
".
Ainsi en cette fin 1933 le cinéaste est en train de constituer son équipe : "Je fais mon choix avec rigueur. Ce travail est excessivement sérieux – il a besoin d’un enthousiasme authentique associé à une grande minutie.".

Le scénario, plus exactement sa première version, est bien avancée : "Revenons au travail lui-même. Pour l’instant, les spécialistes et moi nous battons sur ce qui s’appelle l’attrait du film. Nous cherchons un sujet qui, le plus clairement possible, avec une précision scientifique absolue et une joie de vivre saine, révélerait au spectateur le suprême envol de la fantaisie des forces scientifiques.
Nous sommes maintenant presque à la fin de nos recherches. Le sujet est presque défini. Il sera, dans les prochains jours, terminé, imprimé et vous le recevrez sans tarder.
". Pour éclairer le scientifique il décrit le thème général : "Pour le moment, je peux vous communiquer ce qui suit. L’action se passe dans le Moscou du futur, le Moscou des années 1945-50. Autour de la ville filent déjà à toute allure des aéroplanes. La construction du métro est déjà un souvenir historique. Et voilà dans ce Moscou-là des astroplanes et le premier vol.".
Si le scénario est effectivement bien avancé, des préparatifs ont également déjà commencé et suscitent quelques nouvelles questions : "Plusieurs équipes travaillent déjà. L’une d’elles travaille sur la mise au point de la résolution technique du problème le plus complexe : la danse (marche) de l’homme sur la lune avec son comportement particulier. C’est le secteur du « pas lunaire », comme je l’appelle.
Le deuxième groupe travaille sur la résolution technique de la scène de perte de pesanteur dans l’appareil. Ce qui se produit est clair. Maintenant nous cherchons à trouver comment le faire, comment faire en sorte que se passe avec des hommes réels ce que vous nous avez montré.
J’ai des questions à vous poser.
1. Doit-il y avoir obligatoirement une station stratosphérique entre la Terre et la Lune ?
2. Le pilote de la fusée. Y en a-t-il un seul ou plusieurs ? Peut-il avoir chez lui une sorte d’appareil d’entraînement et si oui, lequel ?
J’ai d’autres questions pour vous, mais je vais les trier, les classer de façon systématique et vous les envoyer après, en même temps que le sujet.
".

Il termine son courrier tout en ferveur : "Comme vous le voyez, notre travail est en pleine effervescence. Je n’ai jamais travaillé avec autant d’enthousiasme qu’aujourd’hui. Il y a 10 ans que je rêvais d’un tel film, et c’est enfin arrivé.
Je crois absolument en son succès.
Pour conclure, permettez-moi de vous souhaiter une future bonne année trente quatre et les meilleures choses possibles. L’un de mes souhaits est de voir en automne 34 notre remarquable projet réalisé, de voir notre film de qualité sur les écrans.
". Il lui faudra plus d'une année supplémentaire !

Dans ses travaux préalables, Tsiolkovski décrivait ainsi le départ d'une fusée : "Le signal du départ est donné ; les explosions commencent, accompagnées d'un bruit étourdissant. La fusée a tressailli et s'est mise en route. Nous sentons que nous sommes devenus terriblement lourds".
Enfin il rappelle les circonstances de la découverte de l'apesanteur : "Nous contonuerons d'éprouver une lourdeur infernale ... tant que les explosions et leur bruit n'auront pas cessé. Puis, quand un silence de mort règnera, la lourdeur disparaîtra aussi instantanément qu'elle a surgi. Maintenant nous sommes montés au-delà des limites de l'atmosphère, à l'altitude de 575 km. Non seulement la lourdeur s'est affaiblie, mais elle a disparu sans laisser de traces. Nous n'éprouvons mêmepas l'action de la pesanteur à laquelle nous nous sommes habitués comme à l'air".

Constantin Tsiolkovski, sa vie et son oeuvre. Par le professeur A. Kosmodemianski. Editions en langues étrangères, Moscou 1957

 
Victor Borisovitch Shklovsky (Виктор Борисович Шкловский - 24 janvier 1893, Saint-Petersbourg - 8 décembre 1984, Moscou), écrivain connu, scénariste de nombreux films, critique littéraire.

Il racontera sa visite chez Tsiolkovski dans la revue "Étendard" (Знамя) de novembre 1959. Il est intéressant de remarquer que Zhuravlev ne citera jamais cette visite lorsqu'il sera interrogé sur la création de son film.
 
Lev Aronovich Indenbom (Лев Аронович Инденбом - 1903 - 1970), metteur en scène de théâtre, directeur du groupement cinématographique, collaborateur d'Eisenstein.
C'est lui qui assurera la partie administrative des relations avec Tsiolkovski (contrats, transmission de photographies,...)

Vera Kuznetsova (Вера Кузнецова - 6 octobre 1907, Saratov- 1er décembre 1994, Saint-Petersbourg), assistante de Lev Indenbom. Lors de la visite chez Tsiolkovski elle était également correspondante du journal Kino. Plus tard, après guerre, on la redécouvrira comme actrice dans presque 70 films.

 
 
   
Rencontre Tsiolkovski (photographie parue dans le journal




La rencontre entre les auteurs du film et le scientifique. De gauche à droite Zhuravlev, Tsiolkovski et Shvets. La première photo est parue dans le journal "Вечерняя Москва" 1935, décrivant la deuxième rencontre avec le cinéaste Zhuravlev mais surtout la première avec l'équipe du film. La troisième photo provient des archives personnelles de Tsiolkovski.




La maison de Tsiolkovski était un lieu de passage très fréquenté. De nombreuses personnes venaient le rencontrer pour recueillir son avis sur la technique, l'avenir et la philosophie de la conquête du ciel et de l'espace. On y a ainsi vu des hommes politiques, mais aussi des techniciens , des artistes : écrivains, philosophes, graphistes, et bien sûr les cinéastes.
En février 1934 Tsiolkovski enverra un courrier à l'Administration centrale de l'industrie cinématographique et au journal "Le cinéma" pour décrire la valeur prometteuse du scénario.

Le 5 mars 1934 Zhuravlev exprime lui aussi sa satisfaction auprès du pionnier : "Cher Constantin Edouardovitch ! Hier s’est produit l’événement le plus agréable qui puisse arriver dans notre vie cinématographique.
Hier notre scénario a été pris par notre direction et mis en production (Je vous félicite donc et vous remercie chaleureusement à l’occasion du succès et de la fin heureuse de la première étape de notre travail). Le scénario a été lu par Eisentein. Voici ce qu’il en dit :
« En rendant le scénario du ‘Voyage cosmique’ je déclare qu’il m’a plu. Nous avons besoin aujourd’hui de tels scénarii. Je partage entièrement le point de vue du camarade Tsiolkovski qui pense qu’ici tout dépend de la façon dont la production pourra techniquement réaliser la mise en forme de ce scénario. »
Maintenant c’est parti à plein régime.
".

Peu après Tsiolkovski lui répond : "Il vous faut venir, d’une manière ou d’une autre, avec un peintre simple, mais habile, qui puisse rapidement dessiner ce que vous trouverez convenable dans mes travaux. Il n’y a que vous et moi qui puissions faire des copies de mes dessins. Vous pouvez venir chez moi quand vous voulez, prévenez seulement par lettre une semaine avant.
La station et le nombre des pilotes etc. tout sera laissé à votre fantaisie. Mon travail consiste seulement à éliminer les erreurs qui sont visiblement non scientifiques et à laisser le matériau à votre fantaisie. Nous parlerons de l’entraînement lors du rendez-vous.
".
Et il termine son courrier par une précision pratique : "J’habite maintenant à 100 pas du théâtre Sadovaïa dans la même rue Tsiolk.). ".


Le 14 mars 1934, c'est Indenbom qui vient aussi rassurer son interlocuteur, tant sur l'avancée du scénario que sur un petit détail pratique : "Très cher Constantin Edouardovitch !
Je me hâte de vous communiquer une agréable nouvelle : le scénario de « Vol cosmique » est mis en production, il a été chaudement reçu et accepté par toutes nos instances dirigeantes.
Vassili Nicolaïevitch est en train de travailler le scénario de la mise en scène et de chercher les acteurs. Dès que le scénario de la mise en scène sera prêt, nous vous l’enverrons pour examen. Sur la base de vos schémas et ébauches le décorateur prépare les esquisses des décors, des costumes etc.. Nous comptons bien que, quand elles seront prêtes, vous accepterez de les examiner et de les vérifier.
Les mille roubles qui vous sont dus d’après le contrat vous seront envoyés ce jour par la poste.
Un salut cordial à vous et votre famille.
"



Le 9 mai 1934 le scientifique félicite le cinéaste sur la qualité de son scénario : " De C.Tsiolkovski à propos du scénario du « Voyage cosmique ». Le scénario précédent était fin et captivant. Le second, en plus, s’est enrichi de nombreux nouveaux tableaux scientifiques. Les défauts sont corrigés.
Recevez mon amical salut.
C.Tsiolkovski
Rue Tsiolk. N°1, Kalouga"
.
Il joint à ce bref courrier une longue liste de points nouveaux à revoir dont voici quelques citations :
"P.11 La face cachée de la lune a des jours et des nuits, comme cela se voit. Seulement on n’y voit pas la Terre. (pp.5-6)
P.12 On ne voit pas des milliards d’étoiles à l’oeil nu, mais seulement des milliers (3ème page)
...
253 (les courroies ne sont pas utiles) il se tient aux poignées du fauteuil.
299 tous les objets tombent en recouvrant la pesanteur
...
401 l’oxygène pur n’est pas toxique. C’est un vieil égarement des temps de Jules Verne.
453 il pouvait trouver de l’air solide dans les coins éternellement à l’ombre, mais pas dans une gorge. On peut saisir l’air solide dans un gant tiède.
".
La séquence 299 dans laquelle les objets retombent lorsque la pesanteur réapparaît ne fera pas partie du scénario définitif. On peut donc constater que le scénario évoluera encore.

Le 11 mai 1934 Tsiolkovski enverra ce petit mot : "Cher Vassili Nik. Vous m’avez énormément réjoui par la nouvelle du succès du scénario. Je salue vos camarades et collaborateurs.
Tous les 2 mois j’ai une bronchite qui dure un mois. Je ne sors pas. Les miens vous remercient pour votre bon souvenir. Quand un rendez-vous sera nécessaire, je vous préviendrai une dizaine de jours avant.
".



La deuxième rencontre.
En ce printemps 1934, au mois de mai, Vassili Zhuravlev le metteur en scène, Youri Shvets le décorateur et Alexander Galperin l'opérateur, accompagnés par Kouznetsova la sténotypiste, se rendront pour une deuxième rencontre chez le célèbre précurseur de l'astronautique.
Cette rencontre était la deuxième pour Zhuravlev , mais c'était la première rencontre avec l'équipe du film : c'est certainement pourquoi Zhuravlev la décrira ensuite comme étant la première rencontre, entièrement centrée sur la réalisation du film. Il indiquera également que Filimonov le scénariste était du voyage, ce qui ne semble pas confirmé par les autres témoignages, les photographies et les courriers.
De même il précisera qu'il y avait apporté une poupée demandée par Tsiolkovski pour illustrer le vol en apesanteur et la marche sur la Lune, alors que cette scène s'est effectivement déroulée lors de la première rencontre (voir plus haut la lettre du 27 août 1933).
Cette rencontre permit un temps complet d'échanges et de travail, de comparaison des idées de Tsiolkovski et de l'équipe cinématographique. Lorsque finalement l'équipe du film le quitte, Constantin Tsiolkovski dit : "Bien, maintenant vous êtes prêts pour le film du voyage dans l'espace".

Ainsi le 24 mai 1934 le journal "La vérité du Komsomol", Комсомольская правда, décrira les éléments principaux du scénario du film et la collaboration du scientifique comme consultant sérieux et actif.

Le 18 janvier 1935, dans le même journal, Tsiolkovski, qui travaillait alors sur la mise en valeur des déserts arides, rappelait qu'il avait dessiné 30 pages de dessins pour le film.

 





Trois des images envoyées par Zhuravlev et Indenbom à Tsiolkovski pour lui montrer les décors et les scènes de tournage du film.
Archives Tsiolkovski.













Tsiolkovski était atteint de surdité, séquelle d'une scarlatine attrapée à la puberté, à l'âge de 9 ans au début de l'hiver après avoir fait de la luge. Ceci l'obligera à arrêter ses études jusqu'à l'âge de 14 ans, période qu'il décrira comme "la plus triste et la plus terne période". Il écrivait également : "La surdité rend ma biographie peu intéressante car elle m'empêche de communiquer avec les gens, d'observer et de m'instruire. Ma biographie est très pauvre en personnes et en rencontres".
Lorsqu'il discutait avec ses auditeurs, il était obligé d'utiliser un cornet acoustique. Sur la deuxième image ci-dessus on le voit ainsi, en entretien avec Vassili Zhuravlev lors de leur deuxième rencontre.



Très éclectique, Tsiolkovski avait étudié les proportions les plus efficaces du cornet acoustique (dessin du 20 janvier 1932).









Image extraite d'un article de 1935 non dédié au film mais illustrant un texte de Techniques Jeunes (Техника-молодежи, N°5) d'un vol vers la Lune. C'est très similaire !
Nota : le début de l'article était écrit par un certain Korolev...

Suite à cet article, Zhuravlev envoie une lettre le 20 janvier 1935 : "Bonjour, cher Constantin Edouardovitch !
Ne vous fâchez pas de mon silence si long et tout à fait mal venu. Je me suis plongé à un tel point dans mon travail et me suis tant usé que mes camarades me disent qu’il ne me reste plus que la peau et les yeux sur les os.
Le travail avance terriblement lentement. Tout est incroyablement difficile, complexe et inhabituel. Pourtant une moitié du film, toute la partie terrestre, a été tournée, et, à partir de la mi-février, j’attaque le cosmos et la lune. Les derniers travaux préparatoires prévisionnels pour les constructions pour les pas sur la lune sont en cours. On prépare la cabine. J’attends avec impatience le début de ce qu’il y a de plus intéressant dans mon travail.
Les prises de vue déjà faites ne semblent pas mauvaises. Je vous envoie quelques clichés de travail avec des explications au verso. Avez-vous lu le dernier feuilleton dans la «Komsomolskaïa Pravda ». Ecrivez-moi si ce n’est pas le cas, je vous l’enverrai sans tarder."
.

On le constate, la réalisation du film est bien plus longue que ce qui était prévu initialement. Mais ce film commence à éveiller les curiosités, et après la Komsomolskaïa Prada c'est les Izvestia qui s'y intéressent : " Le film rencontre un grand intérêt. On m’a demandé aujourd’hui au journal «Izvestia» de vous prier d’écrire pour eux un petit article sur notre travail. Je pense que ce serait bien si vous l’écriviez. Envoyez-le moi, je l’apporterai à la rédaction. Écrivez les circonstances de notre première rencontre, l’accueil que vous avez réservé aux esquisses, en quoi consiste votre travail pour nous, le temps que vous passez à travailler sur ce projet de communications interplanétaires et ce que vous attendez du film et de moi-même. Selon moi, ce sera très intéressant.".

Ce qui préoccupe également Zhuravlev, c'est la santé de Tsiolkovski : "Comment va votre santé, Constantin Edouardovitch, n’avez vous besoin de rien à Moscou.
Je vous souhaite les meilleures choses possibles.
Votre très respectueux Vassili Jouravliov.
PS Transmettez mon salut à votre épouse.
".
Et la lettre se termine par : "Recevez le salut de Indenbom, Kuznetsova, Galpérine". Mme Kuznetsova est la sténotypiste présente lors de chaque rencontre pour en établir le compte-rendu.

A cette lettre Tsiolkovski répond immédiatement, le 24 janvier 1935 : "Très cher Vassili Nikolaïevitch, j’ai reçu aujourd’hui votre lettre.
Vous vous êtes chargé d’une affaire très difficile et ce n’est pas compliqué de comprendre qu’avec votre enthousiasme et votre énergie naturelle, vous vous êtes épuisé. Il faut faire attention à vous.
".
Mais la santé du scientifique n'est pas meilleure, et il ne peut que décliner la proposition d'écriture de l'article journalistique : "Je ne me rappelle rien, ni vos discours, ni les miens, de sorte qu’il vous faudra vous-même composer cette première partie de l’article. Bien sûr, n’hésitez pas à dire à mon nom ce qui peut être utile. Moi, je n’y arriverai pas.".
Ce qui ne l'empêche cependant pas de proposer de faire la relecture du texte : "Vous pouvez m’envoyer ce qui a été écrit, je vérifierai et corrigerai et je le donnerai à recopier à la machine (à Kalouga), alors, je vous l’enverrai sans tarder.
Vous pouvez aussi écrire vous même sur ma participation au film, les discours à mon sujet doivent être modérés, au vôtre – c’est une autre affaire. Vous pouvez aussi corriger et changer dans l’intérêt de la chose, c’est le but principal.
Si vous le souhaitez, prenez encore quelqu’un pour l’écriture, par ex. la respectable camarade Kouznetsova (que je salue avec chaleur)."
.

Et finalement il donne quelques éléments, matière première pour l'article : " On s’était déjà adressé à moi, il y a une dizaine d’années, pour adapter à l’écran mon récit «Hors de la Terre», mais c’était si compliqué que l’entreprise fut reportée et c’est seulement maintenant que Sovkino, en la personne du talentueux V.N.Jouravliov, a décidé de créer le film «Voyage cosmique».
J’ai commencé à rêver de la possibilité de voyages hors de notre planète dès l’âge de 17 ans. En 1895, j’ai écrit le livre «Rêves de Terre et de Ciel», il fut édité par le neveu du célèbre homme littéraire Gontcharov – A.N.Gontcharov. Il fut ensuite réédité deux fois par Gosizdat, seulement sous un autre titre «La pesanteur a disparu».
Je me suis mis alors à m’intéresser sérieusement à ce sujet. La nouvelle fantastique « Hors de la Terre » fut le reflet de ces travaux. Elle fut éditée dans la revue « La nature et les hommes » de 1918 et dans une édition séparée en 1920. La théorie mathématique d’un appareil à réaction est apparue en 1903 dans la revue philosophique à petit tirage « Tour d’horizon scientifique » (N°5). Elle attira l’intérêt sur elle quand elle parut dans la revue éditée dans la capitale «Le Journal de la navigation aérienne (1911-13)».
Ensuite quelques travaux ont paru dans des éditions et des magazines connus.
A partir de 1914, mes travaux sont devenus célèbres aussi à l’étranger.
Rien ne me préoccupe autant que les problèmes de la libération de l’attraction terrestre et les vols cosmiques. Il me semble que la moitié de mon temps, la moitié de mes forces sont consacrées à la solution de cette question.
J’aurai bientôt 78 ans et je continue toujours à calculer et à inventer une machine à réaction. Combien j’ai pu réfléchir, quelle pensées ont traversé mon cerveau ! Mais ce n’était déjà plus de la fantaisie, mais une connaissance précise, fondée sur les lois de la nature : de nouvelles découvertes et de nouvelles oeuvres sont en train de se préparer. La fantaisie aussi m’a attiré. De nombreuses fois je me suis mis à écrire sur le sujet des «Voyages cosmiques» mais cela se terminait par ce que je me laissais distraire par mes réflexions et déviais vers un travail sérieux.
Les récits fantastiques sur les voyages interplanétaires apportent une nouvelle pensée aux masses. Celui qui s’occupe de cela accomplit un oeuvre utile : il suscite l’intérêt, fait travailler les cerveaux, engendre de futurs travailleurs avec de grands projets.
Quelle activité peut être plus élevée que celle de prendre possession de toute l’énergie du Soleil, qui est 2 milliards de fois plus forte que celle qui tombe sur la Terre ! Quelle activité peut être plus belle que celle de trouver une issue à l’étroitesse de notre planète ! que celle de s’associer à l’espace de l’univers et de permettre aux hommes de sortir de l’étroitesse et de la pesanteur de la Terre.
L’effet produit par un film est plus fort. Le film est plus proche de la nature qu’une simple description. C’est la plus haute marche de l’Art, en particulier avec le passage au cinéma sonore ou au monde du théâtre. Mais dans ce dernier on ne peut fabriquer des trucages qui rendent le milieu sans pesanteur et les phénomènes qui se passent hors de la Terre.
Il me semble que Sovkino et le camarade Jouravliov font preuve d’un grand héroïsme en réalisant le film «Voyage cosmique» et il ne faut pas être trop insatisfait s’il n’est pas tout à fait contemporain. Que celui qui critique essaie de faire mieux, s’il le peut. Le camarade Jouravliov s’est brisé en morceaux à force d’essais héroïques et très fructueux.
Quel regard porté-je sur les voyages cosmiques ? Y crois-je ? Seront-ils un jour dans les possibilités humaines ? Plus je travaillais, plus je rencontrais d’obstacles divers et de difficultés. Jusqu’à ces derniers temps, je supposais qu’il faudrait des centaines d’années pour réaliser des vols à la vitesse astronomique (8-17 km à la seconde) et cela était confirmé par les faibles résultats obtenus chez nous et à l’étranger. Mon travail incessant de ces derniers temps a ébranlé mes vues pessimistes : on a trouvé des procédés qui vont donner des résultats étonnants dans quelques dizaines d’années déjà. Les efforts et les sacrifices consacrés par notre Gouvernement Soviétique au développement en URSS de l’industrie et à toutes sortes de recherches justifieront, je l’espère, mes espoirs.
K.Tsiolkovski
".

Ce texte sera pratiquement intégralement publié le 23 juillet 1935.

Le 3 juin 1935 Zhuravlev sollicite à nouveau l'aide du scientifique : "Cher Constantin Edouardovitch ! Excusez-moi pour ce long silence. Les prises de vue tournent maintenant à un tel régime qu’on n’a pas une minute de libre. J’ai commencé à filmer la Lune. Je vous envoie quelques photos avec des explications au verso pour savoir à quoi cela correspond. J’ai filmé une partie des sauts sur la Lune. Le résultat semble bon. Notre direction les a regardés, cela leur a beaucoup plu. Si cela vous intéresse, écrivez-le moi ; je vous décrirai comment cette mécanique fonctionne.
Constantin Edouardovitch, donnez votre avis sur les prises de vue lunaires. Quelles impressions ont-elles produites sur vous, en êtes-vous satisfait, qu’est-ce qu’il manque d’après vous, que faut-il encore améliorer. Constantin Edouardovitch, si cela ne vous pèse pas, prenez un petit moment pour écrire à mes acteurs une lettre à votre nom sur la façon de se conduire sur la lune et en particulier dans la cabine. Au moment de la sortie du vaisseau. Que doit ressentir l’académicien Sedykh qui sort pour la première fois dans un monde sans pesanteur ?
".
Malicieux, le cinéaste fait à nouveau appel à la verve et l'écriture passionnée de Tsiolkovski : "Écrivez, Constantin Edouardovitch, je vous en prie, vous racontez toujours cela de façon si remarquable. Cela me serait très utile à moi aussi. C’est très difficile de se débarrasser de ses représentations mentales habituelles.".

Le grand vulgarisateur lui répondra de suite, le 5 juin : "Cher Vassili Nikolaïevitch, il faudrait que je vous écrive tout un livre, mais j’arrive à peine à mettre un pied devant l’autre. Il vaudrait mieux que vous veniez pour parler un peu. J’essaierai de répondre à toutes vos questions. Et il en faut beaucoup, justement.". Il conclut : "Vos questions, écrivez-les. S’il vous est impossible de venir, lisez «Hors de la Terre», «les Cibles» et «Sur la Lune» (ou bien lisez-les aux acteurs).
Je transmets mon salut le plus cordial à vous et à vos artistes. Ma famille vous salue.
".

Zhuravlev ne fera pas la lecture du livre à ses acteurs et préférera une dernière rencontre à Kalouga.

 
 

La troisième rencontre.
Une troisième et dernière rencontre aura lieu en fin de printemps 1935.
Zhuravlev se rendra à Kaluga, dans la nouvelle et dernière maison du grand vulgarisateur. Dans son vaste bureau où jonchaient livres et magazines, Tsiolkovski validera les décors définitifs, fera corriger les dernières imperfections du scénario. Il n'était pas totalement satisfait de ce scénario, mais il reconnut que s'il avait été trop technique il n'aurait alors intéressé que les spécialistes tandis que la version retenue était plus vulgarisatrice et pédagogique, plus accessible au jeune public à qui ce film était principalement destiné.

C'est donc bien trois rencontres que le cinéaste et le scientifique avait eues. Si Vassili Zhuravlev n'en décrit que deux dans son interview de 1954, son fils Nikolaï en raconte bien trois dans l'entrevue qu'il aura en 1987 pour le journal "La technique pour la jeunesse" (Техника молодежи).

Le texte de la lettre de Tsiolkovski du 24 janvier 1935 servira finalement de base à un article publié le 23 juillet 1935 dans la Komsomolskaïa Pravda.
   
 




(Photographie officielle et photographie originale - Cherchez la différence)
Constantin Tsiolkovski à Kalouga, fin 1934 ou début 1935. Non seulement le théoricien de la technique des fusées accueillait beaucoup de personnes dans sa maison, mais il se déplaçait également pour tenir des conférences, des réunions grand public au cours desquelles il faisait toujours l'admiration de ses auditeurs par ses récits passionnants. Les dernières années de sa vie il se déplacera moins. "Il faut que les savants viennent plus souvent dans les kolkhoz pour donner aux kolkhoziens les connaissances sur les lois de la nature. C'est le meilleur moyen de diffuser la conception scientifique du monde.". Tsiolkovski 1934


"Notre planète est le berceau de l'humanité, mais il est impossible de vivre éternellement dans un berceau."

La mort du scientifique.
Quelques mois plus tard, après une courte période de maladie cancéreuse qui l'aura épuisé, Constantin Tsiolkovski décèdera le 19 septembre 1935 à 22 heures 34, malheureusement sans avoir vu le film auquel il avait consacré autant de temps et d'énergie.

Le 8 septembre, alors qu'il avait finalement accepté d'être hospitalisé et qu'un véhicule était venu le chercher à son dimicile, Tsiolkovski se fâcha à la vue de l'atroupement devant son domicile : "Pourquoi se sont-ils réunis ?".



Tsiolkovski à l'hôpital en septembre 1935, peu après l'opération de la dernière chance, sur son estomac, qui ne réussira pas à le sauver.


Ses obsèques donneront lieu à une grande manifestation nationale.

 

Publicité dans les journaux pour annoncer la sortie du film.



Affiche grand format de la sortie du film. Cette affiche devait être probablement utilisée dans les grandes villes.




Affichette petit format de la sortie du film. On peut imaginer qu'elle était utilisée pour annoncer les projections dans les villages.






article






















Image extraite du film "Premier sur la Lune" (Первые на луне) sorti en 2005, amusant documentaire démontrant d'une façon volontairement mystificatrice que les soviétiques étaient allés sur la Lune durant les années 30 et tout particulièrement en mars 1938. Des extraits du film "Le Voyage cosmique" ont alors été utilisés pour démontrer que la technique était maîtrisée à cette époque.
L'image ci-dessus reconstitue un cinema portant à l'affiche le film de Zhuravlev.
Nota : si cette image provient bien de la ville de Ekaterinbourg, le bâtiment filmé est un sauna- bains publics et n'a jamais été un cinéma.
71 rue Pervomayskoy à Ekaterinbourg.



Agrandissement de l'affiche du film présentée sur l'image ci-dessus.

Le 9 décembre 1935 le journal "La vérité du Komsomol", Комсомольская правда, qui avait suivi les étapes de la réalisation du film, signalait que le montage était enfin terminé.

La sortie du film.
La première projection du film a lieu le 21 janvier 1936, soit près de quatre mois après la disparition de Constantin Tsiolkovski, celui qui en avait été l'inspirateur et le conseiller. Il est à noter que la date du 21 janvier est la date "officielle" : or les premiers comptes rendus de la diffusion du film, dans lequel il est fait écho de l'accueil par le public, sont publiés dans deux journaux datés du 11 et du 16 janvier !

Cette sortie pour le grand public début 1936 explique la raison pour laquelle le film dont le dépôt officiel date de 1935 a parfois été indiqué comme datant de 1936. Mais ce film est également parfois annoncé de 1924 en confusion avec le film Aelita, ou de 1928, voire même de 1939.
Cet étonnant film rencontrera un grand succès populaire, mais finalement de courte durée : malgré les efforts du réalisateur et des techniciens, il apparut que les messages exprimés par le film n'étaient pas à la hauteur attendue par le gouvernement soviétique. On pourra notamment cité le cas de l'animateur Fiodor Krasne dont la scène de déplacements des voyageurs sur la Lune fut jugée très insuffisante car trop ludique, et dont le nom fut définitivement retiré du générique du film.

La première critique cinématographique du film apparaîtra ainsi le 11 janvier 1936 dans le périodique "La vérité du Komsomol", Комсомольская правда. Le journaliste s'y félicite de la sortie de ce film pendant les vacances scolaires moscovites permettant ainsi à tous les jeunes et notamment les jeunes pionniers de le voir. Si l'auteur de l'article, R. Kron (КРОН), recommande ce film que tout le monde attendait, il note aussi la faiblesse du scénario notamment sur les caractères des personnages, leurs relations qui ne sont pas toujours claires. Et derrière les éloges faites sur la technique omniprésente qui a permis la réussite du film, on sent apparaître les critiques plus fortes qui conduiront à reléguer pour longtemps ce film dans les archives.

« Komsomolskaïa Pravda », 11/01/1936
« Le raid cosmique »
Le nouveau film du réal. V.N.JOURAVLIOV
Un jour viendra où une compagnie touristique fera de quelques œuvres de Konstantin Edouardovitch Tsiolkovski des guides attrayants pour les voyageurs du cosmos.
On peut penser que les premiers à se lancer dans un tel voyage seront les sportifs. La lune deviendra le territoire où montrer le haut de gamme de la culture physique. Imaginez-vous que l’haltérophile égyptien Nos-séir, recordman du monde, a soulevé des haltères de 167 kilos. Un tel exploit historique (pour nous, Terriens) sur la lune serait ridicule. Dans le beau monde lunaire (où la pesanteur est six fois moindre que sur la Terre) Nosséir pourrait soulever 962 kg ! Et cela serait considéré comme un petit record assez moyen.
Le réalisateur Vassili Nikolaïévitch Jouravliov a vanté à l’avance et avec succès ce futur si attirant pour les touristes. Et le premier « Voyage cosmique » fut accompli pendant les vacances par les écoliers de notre capitale. Les pionniers moscovites, qui ont vu pour la première fois ce nouveau film de science-fiction, ont approuvé de leurs vifs applaudissements ce passionnant itinéraire lunaire.
Il s’agit en effet d’un film très intéressant et fort beau dont l’action se déroule en 1946. On a déjà cons-truit à Moscou une merveilleuse astroville et le voyage sur la lune était le problème du jour de l’institut de recherches. L’académicien Sédykh, le père d’un gigantesque astroplane supercosmique, fixe le jour de ce départ tant attendu. Il se décide à accomplir ce pas décisif dans des circonstances difficiles. Son assistant refuse de voler, car la fusée N°128, envoyée sur la lune il y a peu, et dans laquelle se trouvait un chat vivant, est portée disparue. On n’observe aucun signal lumineux venant de la lune.
Avec l’académicien voyage l’étudiante-chercheuse Marina et le jeune inventeur Andriouchka qui s’est introduit secrètement dans la cabine. Et voici l’astroplane en plein vol. Le spectateur fait connaissance d’une multitude de détails intéressants de ce fantastique voyage. Les héros du vol sont vêtus de costumes inhabituels, semblables à des combinaisons de scaphandrier. Ils mangent dans de la vaisselle en carton. Pendant de fortes secousses, ils se cachent dans des baignoires spéciales, remplies (ce qui correspond à une loi de la physique bien connue) d’un liquide d’une certaine densité qui est capable de défendre l’organisme humain contre les secousses. Cette idée de baignoires a été émise par Tsiolkovski dans son livre « Comment protéger des chocs les objets les plus fragiles ? ». Les héros du voyage ressemblent à des bulles de savon dans l'air. Le poids de leur corps a disparu. Ils flottent comme des poissons dans la cabine, leurs pieds touchent à peine le sol, ils volent presque.
L'alunissage est proche ! Vite dans les baignoires ! La lune est atteinte. Les pieds sont chaussés de souliers de plomb, les émetteurs radio sont fixés aux poitrines, les dos portent des ballons d'oxygène. Ainsi équipés ils errent dans les déserts lunaires. L'oxygène s'épuise, il faut se hâter. Tous retournent triomphalement dans le monde terrestre avec leur belle trouvaille (le chat de la fusée N°128 était toujours vivant !) et les pionniers ac-cueillent avec des fleurs le courageux Andriouchka.
Pour ce film Konstantin Edouardovitch Tsiolkovski a réalisé 30 plans d'astroplane. Les combinaisons des astronautes ont été dessinées à Kalouga sous surveillance scientifique. Le pilote Gromov a indiqué l'équipement de la cabine.
Ce film unique sur un sujet si attirant a attiré l'intérêt non seulement des enfants, mais aussi des adultes. Toutes les prises de vue de maquettes, en studio « sur la Lune » et dans le hangar du stratoplane sont très bonnes. Les auteurs ont bien réussi également les saynettes humoristiques qui accompagnent ce voyage légendaire. Pourtant, le scénario très faible a laissé des traces sur la qualité de la réalisation du film. Beaucoup de scènes ne sont pas assez travaillées. Les héros du film ne sont pas assez typés, manquent de détails biographiques, ce qui fait que les rapports entre les personnages ne sont pas toujours très clairs et leurs actes et leur conduite sont souvent injustifiés.
Le travail du réalisateur-komsomolets Jouravliov, en tant que pionnier des films de science-fiction, mérite tous les hommages. Il sera sans aucun doute conforme aux désirs et aux besoins de nos enfants qui rêvent depuis longtemps de film de ce genre.
R.KRON

Traduction Patrice Cazal



Le 16 janvier 1935 c'est dans la revue Kino (Кино) que parait un article de A.R. Palev, encore plus critique que le précédent. Les principaux reproches évoqués :
- le but du vol vers la Lune n'est pas expliqué, ce qui pour le journaliste est l'occasion manquée d'avoir fait de la vulgarisation scientifique. C'est également un manque dans la compréhension de l'action : qu'est-ce qui motive ces personnes à s'envoler vers la Lune, pourquoi cet héroïsme ?
- les incohérences du film : l'académicien Sedykh qui fait lancer la fusée malgré l'interdiction du Directeur le Professeur Karine, ce qui semble inconcevable dans les structures soviétiques. D'autre part sur la Lune Sedykh chute dans un éboulement du sol lunaire, les autres voyageurs le retrouveront facilement, trop facilement, et alors qu'il était bloqué sous une roche Sedykh s'en sort parfaitement indemne.
- l'absence d'approche psychologique des acteurs : leurs caractères sont linéaires tout au long du film. La conclusion du journaliste sera tranchée : "On voit que les acteurs s'ennuient, alors pourquoi avoir fait jouer des acteurs quand des figurants auraient suffit ? Seul le jeune acteur Gaponenko démontre de la passion et de l'animation qui se communiquent au spectateur".

Mais, reconnaît l'auteur de l'article, ce film est d'un grand mérite : le cinéaste Zhuravlev s'est lancé dans un film de science-fiction, domaine insuffisamment exploré. Et il l'a bien fait en s'appuyant sur les connaissances scientifiques de Tsiolkovski, condition nécessaire pour un film de qualité.
Enfin le journaliste regrette que l'imaginaire scientifique ne soit perçu que destiné aux enfants, ce qui conduit à en appauvrir le contenu. Il souhaite donc que le film scientifique se multiple et propose d'autres sujets possibles (dont quelques uns absolument inspirés des autres travaux de Tsiolkovski) : l'irrigation des déserts, la mise en valeur de l'Antarctique, la Grande Volga, la station électrique de l'Angara.

journal « Kino (cinéma) », 25/06/1929
A.R. PALEÏ
« Le raid cosmique »
Le premier film soviétique de science-fiction « Le raid cosmique » vient de sortir, réalisateur Jouravliov.
Le sujet du film est un vol sur la lune. Dans quel but entreprend-on un tel vol ? On n’en sait rien. L’institut des liaisons interplanétaires a mis en jeu tellement de travail et de moyens que l’on se demande si ses meilleurs éléments risquent leur vie seulement pour accomplir une promenade, un vol cosmique. C’est l’impression que laisse le film. Ses auteurs n’ont pas cru utile de raconter à leurs jeunes spectateurs les problèmes scientifiques qui ont entraîné cet audacieux et dangereux voyage. Ils n’ont pas enrichi les connaissances de leurs spectateurs ; les quelques informations que contient le film sont déjà connues de tous : les paysages lunaires, l’apesanteur pendant un vol interplanétaire, la faible force de gravité sur la lune.
L’absence de but pour ce vol diminue aussi bien l’aspect pédagogique du film que son aspect artistique. Elle prive le film de son idée, une idée qui aurait pu justifier l’héroïsme des voyageurs interplanétaires, une idée autour de laquelle auraient gravité la lutte des gens, les affrontements de caractères. Il n’y a qu’un succédané de confrontation bien faible et non satisfaisant : le directeur de l’institut des liaisons interplanétaires Karine n’autorise pas le professeur Sédykh à voler sur la lune, mais celui-ci y va quand même. C’est bien sûr un fait impensable en période soviétique. Que le professeur Sédykh soit enseveli sur la lune par un éboulement, qu’il perde son émetteur radio et ne puisse pas donner de ses nouvelles et que pourtant on le retrouve quand même (et cela se fait très tranquillement – il n’est même pas blessé), n’est pas du tout une confrontation. C’est un événement introduit arbitrairement et qui ne découle ni de la situation, ni des caractères des personnages. De tels événements et quelques autres, moins significatifs, sont suffisants pour animer l’histoire. Mais ils sont insuffisants pour faire prendre conscience d’une œuvre de cinéma véritable, fortement dramatique.
En faisant le point sur les films d'aventure, la rédaction de « Kino » a montré avec justesse que dans un film doivent agir des personnes vivantes, en chair et en os – des héros ; l'auteur doit forcer le spectateur à les aimer. C'est seulement dans ce cas que leurs destin et aventures émouvront le spectateur. Cette situation est totalement applicable au film de science-fiction, car il est en même temps un film d'aventure.
Dans le « Raid cosmique » il n'y a pas de type de personnage bien travaillé. Il n'y a pas l'ombre d'une transformation psychologique. Les gens sont immuables du début jusqu'à la fin. Les acteurs n'ont plus qu'à prendre des poses, ce qu'ils font avec beaucoup de sérieux d'ailleurs : l'artiste émerite Komarov, dans le rôle du professeur Sédykh, Kovriguine dans le rôle du directeur de l'institut Karine, Féoktistov, dans celui du stagiaire Victor, Moskalenko, dans celui de la douce jeune fille Marina. On sent que les acteurs s'ennuient. Et en effet, à quoi bon dépenser son énergie d'acteur s'il suffit d'être des figurants ?
Il en résulte paradoxalement que le jeune Gaponenko dans le rôle d'Andrioucha est plus intéressant que tous les autres acteurs. Il est le seul à ne pas s'ennuyer, le seul visiblement à être passionné par le processus inhabituel des prises de vue et les décors si différents. Il est inspiré, et son inspiration se transmet au spectateur.
Le sujet du film se développe de façon si insignifiante, qu'on a toujours l'impression que l'essentiel est à venir. Mais non, c'est déjà la fin, l'expédition revient sur terre accueillie par les applaudissements tempétueux des jeunes spectateurs.
Ce sont des applaudissements de remerciement pour un sujet intéressant. Ils sont aussi une avance pour ceux qui travailleront à la confection de nouveaux films de science-fiction. Nous espérons que Jouravliov en fera partie. Son mérite est très grand : il est le premier à avoir mis le pied sur ce sol vierge, tout comme ses voya-geurs sur la lune. C'est son grand mérite.
Ses consultations avec le défunt père des voyages dans les étoiles K.E.Tsiolkovski l'ont aidé à éviter des erreurs scientifiques. Cette façon de travailler est incontestablement obligatoire pour la confection de films de science-fiction.
Ceux qui travailleront dans ce domaine devront prêter une grande attention à ce sujet.
La pratique est telle que que le cinéma de science-fiction n'utilise que le thème des voyages interplanétaires.
C'est le rêve séculaire de l'humanité, Voltaire, Cyrano de Bergerac, Edgar Poe et de nombreux autres y ont apporté leur tribut. Ce thème a inspiré aussi l'écrivain de science-fiction Jules Verne. Pourtant les héros des romans les plus passionnants de Jules Verne n'ont pas fait que voler sur la lune. Ils ont accompli des voyages au centre de la terre et sous les mers, ils ont construit une île flottante et inventé d'étonnants appareils pour se déplacer : une maison à vapeur et amphibie, qui peut tout aussi librement voler dans les airs, se mouvoir sur le sol, naviguer sur et sous l'eau.
Chez Wells de nombreuses oeuvres sont consacrées à la physiologie (« La nourriture des dieux »), à la chirurgie (« L'île du docteur Moreau »), à l'étude des profondeurs de l'océan (« Au fond des mers ») etc.
Nous ne sommes absolument pas contre la représentation de voyages interplanétaires. Nous sommes pour que la thématique cosmique occupe [au cinéma] à peu près la même place que chez les classiques de la littérature de science-fiction.
Il faut planifier cette thématique. On peut trouver une quantité de sujets différents et passionnants. Les rencontres entre écrivains et inventeurs ont montré que ces sujets sont littéralement innombrables. Ne serait-ce que notre planification socialiste ! Les travaux sur l'Angara, les lignes à haute tension, la Grande Volga, le changement du cours de l'Amou-Daria, l'assèchement des déserts, la conquête de l'Arctique – quel vivier de sujets remarquables !
Notre cinéma de science-fiction s'adresse pour l'instant, on ne sait pourquoi, seulement aux enfants. Il leur est incontestablement utile et indispensable, mais il ne faut pas oublier le spectateur adulte. En effet Wells, Joulavski, Lasovits, Robida et bien d'autres auteurs de romans de science-fiction s'adressaient seulement à un lecteur adulte.
Il ne faudrait pas pourtant, en travaillant pour les enfants, baisser la qualité d'un film et l'appauvrir. La qualité artistique d'un film de science-fiction soviétique doit être élevée ne serait-ce que parce que, en dessinant les réalisations du futur, nous ne pouvons nous les représenter séparément des gens dont les mains construisent ce futur lumineux. La station hydro-électrique de l'Angara, les terres fertiles à la place des déserts, la conquête des planètes – tout cela est fait par les hommes et pour les hommes, et l'être humain doit avoir le rôle principal dans un film qui représente de telles réalisations.
L'homme ne doit pas être un simple composant de la fable, un complément aux paysages. Cette position, devenue depuis longtemps un axiome pour tous ceux qui travaillent dans la création, ne tolère aucune exception quel que soit le genre de cette création. C'est seulement en respectant cette exigence catégorique que seront créés des films de science-fiction à part entière au niveau de l'art du réalisme socialiste.

Traduction Patrice Cazal


On peut comprendre qu'en cette année 1936, la première année des grandes purges staliniennes, il ne se soit trouvé personne pour essayer de défendre la qualité de ce film ...

Les principes de Tsiolkovski.  



Le retour sur Terre de la cabine , suspendu à un parachute, était l'une des 6 conditions minimales imposées par Tsiolkovski. Cette idée paraissait à l'époque farfelue, mais Zhuravlev respecta l'idée de Tsiolkovski. On raconte que 45 ans après, le film fut montré aux cosmonautes russes qui applaudirent à l'idée géniale du savant. (Dimitry Karavaev. "À la croisée des trois chemins" №10, 2004)
Constantin Tsiolkovski savait que toute sa créativité et sa science ne permettait pas d'imaginer toutes les conditions exactes d'un vol vers la Lune, mais il fixait au minimum 6 conditions qui, si elles étaient respectées, assurait la crédibilité du film.
Premièrement il souhaitait que la fusée décolle à partir d'une rampe de lancement.
Deuxièmement les cabines à eau (ou plus exactement à liquide, ce liquide devant être de la même densité que le corps humain).
Puis l'absence de scintillement des étoiles.
Ensuite l'apesanteur pendant la phase de vol libre.
Cinquièmement les sauts sur la lune, à pieds joints à la "manière de moineaux".
Enfin l'atterrisage en douceur à l'aide de parachutes.
Ce sont ces conditions, minimales mais très difficiles alors à mettre en oeuvre, qui entraînèrent plusieurs fois l'abandon de projet de film (Tsiolkovski a indiqué qu'il avait été sollicité par d'autres cinéastes, mais sans qu'aucun projet n'aboutisse).

Le scénario était donc écrit. Si tout ce qui y était raconté était passionnant et invitait les protagonistes du film à se mettre rapidement à l'ouvrage, la réalisation pratique était autrement plus difficile : construire des maquettes géantes, imaginer les solutions pour les personnages flottant en apesanteur ou se déplaçant sur la lune.

C'est ainsi presque deux années de travail que je vais essayer de vous faire découvrir sur les pages de ce site.

Cette image de Mosfilm n'a été créée qu'en 1947,
elle ne figure donc pas au générique du film.
   




L'album des voyages spatiaux
Les travaux de Tsiolkovski écrits pour le film en 1933 avaient été rassemblés par lui dans un petit cahier intitulé "L'Album des voyages spatiaux" (Альбома космических путешествий), écrit du 21 juin au 26 octobre 1933 et transmis aussitôt au cinéaste. Ce cahier fut longtemps détenu par le cinéaste du film et inconnu du grand public. Ce n'est que beaucoup plus tard que Zhuravlev redécouvrira ce cahier dans ses archives et le remettra aux autorités soviétiques.
Le contenu du cahier sera publié en 1947 dans le livre "Труды по ракетной технике" (Travaux sur la technique des fusées ; voir image de gauche)
Voici les 30 pages du document permettant de constater la teneur des dessins et textes écrits par Tsiolkovski. Certains auteurs affirment que 30 plans de fusées avaient été dessinés, voire 30 schémas détaillés. Il n'en est rien puisque Tsiolkovski avait voulu écrire un document vulgarisateur destiné à donner à l'équipe du film une culture générale sur les conditions de navigation dans l'espace. Cette culture permettait ainsi d'éviter les principales erreurs scientifiques et d'aider à la rédaction du scénario.
 
Chacun pourra relever dans les dessins présentés ici quelques idées qui ne seront finalement pas reprises dans le film. Par exemple : la sortie dans l'espace d'un homme en scaphandre en passant par un sas, une serre dans le vaisseau permettant de nourrir l'équipage, le système gyroscopique d'orientation de la fusée, les différentes façons de flotter et de s'orienter en apesanteur. Les idées développées par Tsiolkovski ont ainsi dépassé les moyens techniques et financiers du cinéaste.


Exceptionnel : vous pouvez feuilleter la totalité de l'Album des Voyages spatiaux !

Je vous propose l'album mythique
de Tsiolkovski, pour la première fois sur Internet.
La page de couverture est composée d'une rare photographie montrant Constantin Tsiolkovski lorsqu'il a reçu Vassili Zhuravlev dans sa maison de Kalouga. L'Album a bien sûr été totalement écrit par Tsiolkovski qui l'avait eédigé pour le cinéaste.



Les pages de garde sont faites de deux enveloppes provenant de la correspondance entre les deux hommes.

Cet album d'une trentaine de pages est entièrement écrit au crayon de papier : Tsiolkovski écrivait toujours avec un crayon de papier, qu'il utilisait jusqu'au bout. Ainsi lorsque le crayon devenait trop petit pour bien tenir dans la main, il l'enfonçait dans un petit tube métallique ou un rouleau de papier collé ce qui en allongeait la longueur.

 


D'autres documents complémentaires furent transmis par Tsiolkovski à Zhuravlev :
- le 12 septembre 1933 une trentaine de pages très techniques et mathématiques sur les voyages interplanétaires. Cet intéressant document détaillant 65 points mériterait d'être cité au même titre que l'Album. (4)
- en octobre 1933 quelques tableaux pour la taille et les proportions des marionnettes utilisées pour les scènes lunaires. (1)
- en octobre-novembre 1933 des diagrammes sur le système solaire et les interactions entre planètes.
- le 9 novembre 1933 un document similaire sur les planètes et leurs satellites (2) ainsi que six pages sur le phénomène des astéroïdes.
- fin 1933 quelques feuillets sur le comportement d'une fusée dans l'espace. (3)

Donc si l'Album est le document le plus connu, les apports de Tsiolkovski à la création du film ont bien été plus larges et plus nombreux.
 
 


Tsiolkovski avait fait, comme à son habitude, des copies de l'album. C'est pourquoi il peut exister de petites variantes dans les différents dessins et commentaires. A titre d'exemple vous avez à droite deux copies de la même page dont l'objet est d'expliquer que sous la forte accélération de départ la notion de verticale est modifiée dans l'habitacle de la fusée (des explications plus détaillées sur les forces en présence sont présentées dans la deuxième illustration ci-dessus).
Chacun pourra donc constater que les différences sont minimes. Le scannage des pages n'étant pas strictement identique, les proportions et la mise en page peuvent s'écarter ; il faut s'attacher aux infimes variations des dessins ou du texte.
Au Moyen-Age Tsiolkovski aurait été un très sérieux copiste !




Pour la rédaction de son album Tsiolkovski a beaucoup travaillé avec l'aide de ses travaux antérieurs.

Il est important de se rappeler que jusque ses 60 ans il était peu connu du grand public. Ce n'est que son ralliement au triomphe du socialisme après la Révolution de 1917 qui le révélera au pouvoir en place et que son nom se répandra dans le monde entier.
Auparavant Tsiolkovski vivait simplement de son salaire de professeur, et si ses travaux étaient publiés c'était à compte d'auteur.
Sa retraite sera améliorée par décision de Lénine qui lui attribuera à partir de 1921 une confortable rente viagère puis le fera entrer dans le Panthéon des grands hommes de la nation communiste. Si ces travaux sont indéniables et son admiration par le grand public constante, les historiens actuels sont très divergents, les qualifications allant du Génie le plus absolu jusqu'au Mythe grandi par la propagande soviétique.
Le but de mon site étant de faire connaître le film "Le Voyage Cosmique", on peut reconnaître que son intervention y fut décisive. Je pense même que si le film s'est fait et avec des moyens substantiels c'est du fait de sa contribution de consultant, et que la disgrâce tombée sur ce film s'est accélérée à cause de l'absence du scientifique qui n'était plus là pour le soutenir.

Esquisse datée de 1922 expliquant qu'en apesanteur il n'y a ni haut ni bas .

Dessins et découpages réalisés en 1920 pour l'étude de l'habitacle d'un dirigeable .

Étude sur les effets gyroscopiques. extrait d'un important document des années 1880.
   


Entretien de C. Tsiolkovski à la Komsomolskaïa Pravda le 23 juillet 1935

La traduction de ce texte est parue vers 1970 dans un livre russe édité en français, "Le chemin des étoiles" (l'édition originale russe de ce livre date de 1960). En voici les extraits les plus importants :

 
Serait-ce seulement de la fiction ?
Il y a une dizaine d'années, on m'a demandé d'adapter à l'écran mon récit
En dehors de la Terre. Mais cette entreprise était tellement complexe qu'elle a été remise. Et ce n'est que maintenant que Mosfilm, en la personne du talentueux V. Zhuravlev, a fermement résolu de créer le film "Un raid cosmique".
C'est dès l'âge de 17 ans que j'ai commencé à songer à la possibilité de voyages au-delà des limites de notre planète. En 1895, j'ai écrit mon ouvrage
La Terre et le Ciel. Il a été publié par le neveu du célèbre Gontcharov, réédité deux fois plus tard, par le Gosizdat, sous le titre La pesanteur a disparu. Au début de la révolution, je me suis mis sérieusement à travailler à ce sujet. Ma nouvelle de science-fiction En dehors de la Terre (1918) a été l'illustration de ces travaux.
La théorie mathématiquement fondée d'un engin à réaction a paru dès 1903, d'abord dans la
Revue scientifique, périodique peu répandu de Filippov, et ensuite, quelques années après dans le Messager de la navigation aérienne (1911-1913). Puis plusieurs travaux ont paru dans diverses publications et revues.
 
A partir de 1913, mes travaux ont commencé à être connus à l'étranger.
...
L'influence du cinéma est plus puissante que celle de la littérature car celui-ci est plus spectaculaire, plus près de la nature que de la description. C'est un degré supérieur de l'expression artistique, surtout dès l'instant où il a fait la conquête du son. Je crois que
Mosfilm et le camarade Jouravlev ont fait preuve d'un grand héroïsme en se chargeant de la réalisation d'un "Raid cosmique". Et il est impossible de ne pas se déclarer hautement satisfait de ce travail.
...
L'attention que le Gouvernement soviétique prête au développement de l'industrie en URSS et aux recherches scientifiques de toutes sortes, je l'espère, justifiera et vérifiera mon opinion.


Ce texte a été publié le 23 juillet 1935, quelques mois avant le décès de son auteur le 19 septembre de la même année. Il avait été cependant presque entièrement écrit le 24 janvier 1935 dans une lettre que Tsiolkovski avait envoyée à Zhuravlev. L'entretien à la Komsomolskaïa Pravda n'était donc que la mise en forme de ce courrier !



Les autres projets.

Sur la vague de ce premier succès de film de science-fiction, Mosfilm avait imaginé deux autres projets :
- à partir d'un livre (Голубая звезда) de Lev [Léon] Tolstoï (Лев Николаевич Толстой) qui raconte un vol vers Vénus. On retrouvera ce thème dans le film russe de 1962 Planeta Bur.
- sur la base du roman fantastique "Le saut dans le vide" (Прыжок в ничто - 1933 - voir image ci-contre) d'Alexandre Beliaev (Александр Романович Беляев - 1884-1942). Ce roman qui décrit un voyage dans l'espace qui suite à incident technique doit se poser sur la planète Vénus était dédié à Constantin Tsiolkovski.
Malheureusement ces deux projets ne se feront pas, la disgrâce tombée sur le premier film et la disparition de Tsiolkovski pouvant certainement en expliquer l'abandon.

"Le saut dans le vide" d'Alexandre Beliaev - édition imprimée moderne 1996 "Le saut dans le vide" d'Alexandre Beliaev - édition imprimée moderne 1996
"Le saut dans le vide", éditions de 1956 et 1996
Dans son livre "Le saut dans le vide" paru en 1933, Alexandre Beliaev y reprend beaucoup des idées de Constantin Tsiolkovski ; les deux hommes se sont plusieurs fois écrit pour discuter de projets de livres, de leur transcription cinématographique.
Une de ces idées originales qu'on ne retrouve chez aucun autre scientifique est la solution de "cabines à eau" en forme de cercueil permettant aux voyageurs de l'espace de supporter les accélérations. Le livre dans sa première partie, chapitre 10, décrit ainsi des essais réalisés avec des wagonnets : une personne s'y couche dans un cercueil rempli de liquide, le wagonnet est propulsé et violemment stoppé dans un remblai sablonneux. La personne peut ensuite témoigner son parfait état de santé après cette épreuve.
   

Beliaev, grand admirateur de Tsiolkovski qu'il appelait "le géant de l'idée, le physicien de premier ordre, le viellard génial", s'était appuyé sur les travaux de Tsiolkovski bien sûr mais aussi de Perelman ou Rynine pour étayer ses scientifiquement ses ouvrages. Cependant il est remarquable que Beliaev ait pu vulgariser les idées de Tsiolkovski, donnant ainsi, par le détail des explications, un éclairage intéressant et concret d'idées proposées par le scientifique. Ainsi dans son essai le Citoyen de l'île Éthérée (Гражданин Эфирного острова, paru en 1930 dans la publication Le Trappeur universel, Всемирного следопыта), il explicite l'idée du savant concernant le train spatial publiée l'année précédente :
"Par le train de fusée il sous-entend la liaison de quelques appareils identiques réactifs avançant d'abord chemin faisant, ensuite dans l'air, puis dans le vide en dehors de l'atmosphère, enfin quelque part entre les planètes et les soleils.
"L'affaire se représente ainsi. Quelques fusées — nous dirons, cinq — se lient, comme les wagons, l'une après l'autre. Au départ la première fusée de tête joue le rôle de la locomotive : en faisant exploser le carburant, elle transporte seule tout le train, en prenant grande vitesse. Quand dans cette "locomotive" le stock du carburant commence à s'épuiser, la fusée de tête se décroche du train et revient sur la Terre. La deuxième fusée devient active et conduit le train, elle n'épuisera que son stock du carburant. Ceci se passe ainsi avec chaque fusée, excepté la dernière destiné au vol interplanétaire. Quand l'avant-dernière fusée se détachera et reviendra sur la Terre, la dernière aura atteint la vitesse nécessaire au vol dans l'espace interplanétaire. Et en outre elle ne dépensera plus aucun gramme du carburant pour l'élimination du poids terrestre et sur l'acquisition de la vitesse nécessaire. Mais la dernière fusée lancée dans l'espace peut dépenser les stocks du carburant pour les manoeuvres nécessaires ou la descente.".


La petite histoire retiendra que lorsque Beliaev transmit à Tsiolkovski le texte de son futur livre Le saut dans l'espace, ce dernier lui demandera de supprimer toutes les citations concernant la théorie de la relativité d'Einstein à laquelle lui-même ne comprenait rien !
Pour compléter, Perelman proposera aussi de substituer la propulsion liée à fission atomique par des moteurs plus conventionnels utilisant des carburants plus connus.




Le retour du film aujourd'hui.
Ce n'est qu'en 1984 que la télévision russe s'intéressera à nouveau à ce film : les originaux étaient perdus, le film fut alors reconstitué par l'assemblage de copies souvent en mauvais état. Le film ainsi remonté sera présenté au public en septembre 1984 (quelques extraits commentés par Zhuravlev, le cosmonaute N.N.Rukavishnikov et le professeur S.P.Kapitsa) puis en janvier 1985 (le film complet, présenté par son auteur Vassili Zhuravlev qui avait alors 80 ans).

Beaucoup plus tard des exemplaires du film en bon état ont été retrouvés par Mosfilm, mais c'est la première version qui est aujourd'hui la plus disponible (presque toutes les images que l'on peut trouver sur les sites internet en sont extraites). Dans une interview de novembre 2001 , Kir Bulychev (1934 - 2003), le scénariste du film de science-fiction "To the Stars by Hard Ways" ("Через тернии к звездам", 1980) qui parlait alors de son film qui venait d'être restauré, déclarait son impatience à voir le film "Le voyage cosmique" lui aussi restauré, mais que cela prendrait certainement du temps. Est-ce cette demande qui aurait accéléré la réapparition du film ? C'est possible, même si l'édition actuellement disponible (en janvier 2007) n'est pas vraiment une copie restaurée, car il reste encore de nombreux défauts, mais plus simplement une copie de meilleure qualité faite à partir de bobines en bon état, ou peut-être des films originaux vieillis.

Novembre 2006 : la deuxième version, celle de meilleure qualité, commence à être disponible, en version russe (sur les sites ozon.ru ou hit-kino.ru) ou en japonais (sur le site play-asia.com). Si vous en connaissez d'autres, merci de m'en informer !

Les erreurs du film


Les erreurs qui n'ont pas été vues et supprimées au montage.
L'objet de cette rubrique amusante n'est pas de dénoncer les erreurs techniques du scénario : il y a bien sûr ce type d'erreur car la science de l'astronautique n'existait pas à cette époque, et ce n'est que l'imagination de Tsiolkovski et des autres consultants qui permettait d'inventer et de supposer ce que seraient les conditions réelles d'un vol spatial.
Il s'agit donc ici de seulement relever les erreurs commises lors du tournage et du montage. Je n'ai pas signalé les petites erreurs de synchronisation des mouvements lors des changements de plan ; je peux vous proposer quelques scènes comportant des anomalies.
Si vous en trouvez d'autres, dites-le moi !

   

5 ème minute du film : le jeune Andriocha confie à l'académicien sa catapulte dépliée. Sedykh la prend avec une main.
 

Image suivante en contre-champ : Sedykh prend à deux mains (dans l'image précédente il le faisait avec une seule main), et la catapulte est repliée.
   

6 ème minute du film : après que Sedykh lui propose d'aller dans le hangar, Andriocha se déshabille et notamment retire son béret.
 

Quelques secondes plus tard, Andriocha entre dans le hangar, la tête nue. Mais dans l'image en gros plan, le béret est revenu.
   

18 ème minute : Sedykh termine ses bagages lorsque Andriocha pénètre par la fenêtre. Sedykh porte sous sa veste une cravate à rayures larges.
 

Sedykh s'assied et invite son jeune interlocuteur à s'approcher. Mais désormais la cravate arbore de fines rayures. Quelques secondes plus tard, lorsque Sedykh raccompagnera Andriocha vers la fenêtre, les rayures redeviendront larges.
   
L'explication de cette anomalie peut probablement être retrouvée dans les explications de Zhuravlev concernant le jeune acteur Gaponenko : ce dernier était en pleine croissance lors du tournage, et dans les derniers enregistrements il mesure en hauteur une tête de plus. Certaines séquences ont été alors refaites un an après les premières pour que le jeune pionnier et l'académicien aient le même écart de taille. D'où des erreurs possibles dans les costumes et décors de ces séquences filmées à plusieurs mois d'écart.
   

36 ème minute : la lune approche. Sedykh saisit la barre s'apprête à la faire tourner.
 

Image suivante : Sedykh est alors vu de dos, et ses bras sont le long de son corps. Quelques secondes après ils se lèveront pour attraper la barre
   

37 ème minute : la fusée se pose verticalement. On pourra le vérifier quelques secondes plus tard lorsque la poussière soulevée par la fusée sera retombée.
Elle se posera également verticalement lors du retour sur Terre.
 

La fusée est verticale, mais à l'intérieur de celle-ci tout est horizontal. Plusieurs minutes plus tard, lorsque les passagers sortiront de la fusée, elle sera couchée. Mais alors, comment redécollera-t-elle ?

   
On sait que dans le scénario du film les conditions du redécollage de la Lune n'avaient pas été résolues, contrairement au décollage depuis la Terre qui se fait sur une rampe de lancement. Tsiolkovski n'avait pas trouvé de réponse technique. C'est pourquoi on voit dans le film l'alunissage, mais rien n'est montré sur le retour vers la Terre.
   

51 ème minute : Sedykh se déplace sur la Lune, et, le sol se dérobant sous lui, il tombe dans une crevasse et se trouve bloqué sous un énorme rocher. Les deux autres personnages continuent sans lui.

 

Une minute plus tard, ses deux compagnons arrivent face à un superbe paysage lunaire. Andriocha est à droite, à gauche un personnage apparaît puis, furtivement, un deuxième personnage. Ils sont trois.

Et pour confirmer cette erreur, entre les deux séquences précédentes se glissait la même anomalie : lorsque les deux presonnages se déplacent vers le cratère, une jolie animation montrant leur passage dans une vallée rocheuse affiche furtivement trois personnes. Au montage la séquence a été coupée quelques images trop tard.
Ceci est très instructif sur le tournage du film : il est évident que le scénario a été réécrit pendant la réalisation du film, et de telles séquences prévues initialement à 3 personnages ont été réutilisées ensuite, en les coupant juste à l'arrivée de la troisième personne. Le montage était trop approximatif, et au moins dans les deux cas présentés ici les séquences étaient très légèrement trop longues. Il est vrai toutefois que si elles avaient été écourtées plus tôt, la séquence aurait alors été trop rapide...
 
   

58 ème minute : l'académicien Sedykh est délivré de son rocher. Il se relève, mais le tuyau en haut à droite de son casque se débranche.
 

Plan suivant : les deux tuyaux à droite du casque sont à nouveau bien branchés, et Sedykh qui était presque relevé se retrouve couché.
     
Les cordes difficilement cachées.
Enfin, la technique d'animation utilisée s'appuyait beaucoup sur des déplacements guidés par des cordes ou des fils. Malgré l'attention apportée par les opérateurs de prise de vue et Fiodor Krasne, ces cordes seront parfois bien visibles (pourquoi ces scènes ont été conservées au montage ?). Je vous propose ainsi deux exemples dans lesquels la corde est vue par tous :

A la 37 ème minute du film, lorsque la fusée descend vers la Lune et juste avant qu'elle ne se pose, la corde n'est pas exactement de la même couleur que le ciel étoilé.
 

Encore plus apparent, lorsque à la 51 ème minute Sedykh tombe dans la crevasse, la marionnette qui représente la chute du personnage est soutenue par une corde parfaitement visible.
   
Zhuravlev avait indiqué que la séquence avait été refaite onze fois car la synchronisation de la chute du voyageur, de l'éboulement de pierre et du nuage de poussière avait été difficile. Je ne sais si celle retenue pour le film était la meilleure, mais cette partie où la corde est totalement visible n'est pas satisfaisante.
Les difficultés du tournage : dans une interview donnée en 1954 pour le périodique "La connaissance - la force" (Знание - сила), Vassili Zhuravlev raconte le tournage du film et notamment la multiplicité des prises, nécessaire pour garantir un bon rendu pour les scènes innovantes d'apesanteur ou de déplacement sur la Lune. Il y décrit notamment la scène durant laquelle l'académicien Sedykh tombe dans une crevasse :"Pendant les prises du film l'académicien Sedykh doit trébucher sur le sommet du rocher, descendre en bas, mais le rocher effondré doit l'écraser. Cette situation était tout sauf agréable. La prise du film ne s'était pas bien passée. Le premier tournage, il y a trop de poussière, on ne voit rien. Nous retirons encore une fois mais n'ayant pas maîtrisé la trajectoire de la chute, l'académicien tombe hors du champ visuel de la caméra. La troisième fois l'académicien est tombé avec succès en bas, mais le rocher n'est pas tombé : défaillance du mécanisme de la trappe. À la quatrième fois tout est bon, mais l'équipe de tournage doit avoir quelques bons doubles. À la cinquième foi, de nouveau la poussière. Nous avons tourné cette séquence 11 fois ! C'est seulement grâce à l'excellente forme physique et la discipline de l'acteur Komarov que nous réussissons bien à faire des prises de vues de ce cadre très difficile. .
Après de telles difficultés, le tournage des scènes du film dans le cabinet de l'académicien Sedykh, dans la chambre d'Andriocha, dans l'observatoire de "Pulkovo" étaient pour nous de vrais loisirs."
.

Les imitations



Le film est resté trop longtemps caché pour que d'autres cinéastes aient pu s'en inspirer.

Deux films peuvent toutefois être cités : un film d'animation soviétique de 1953, Полет на Луну (Vol sur la Lune) et dont le scénario a puisé de très nombreux éléments dans celui d'Alexandre Filimonov, et un deuxième film récent puisque datant de 2005, Первые на луне (Premiers sur la Lune), amusant film de type documentaire démontrant que les soviétiques étaient allés sur la Lune dès les années 1930.
 
Il est une coïncidence qui mérite d'être contée car à trente ans d'intervalle les créations de Zhuravlev ont pu inspirer deux films d'animation.
1924 : Vassili Zhuravlev a 20 ans, il écrit le scénario d'un voyage vers la Lune. Cela sera sans suite.
1924 : Nikolai Khodataev est contacté par Protazanov pour ajouter des séquences animées dans son film Aelita. Khodataev s'associe avec Komissarenko et Merkulov, mais Protazanov abandonne cette idée. Les trois dessinateurs décident alors de faire leur propre film, et pour construire leur scénario prennent une partie de leur inspiration dans le scénario de Zhuravlev.
1925 : les mêmes trois dessinateurs font un autre dessin animé, "La Chine en feu", puis se séparent. Khodataev fait entrer au Vhutemas (célèbre école artistique russe) Ivanov Vano et les deux soeurs Zinaida et Valentina Brumberg. Avec ces deux soeurs il fera plusieurs autres dessins animés.
1935 : Zhuravlev termine son film "Le Voyage Cosmique".
1953 : le dessin animé en couleurs "Voyage vers la Lune" sort. Ce film est la reprise du Voyage Cosmique. Il est dessiné par Valentina Brumberg, l'artiste que Khodataev avait fait entrer au Vhutemas.

En conclusion, toute en sourire :
- en 1924 : Khodataev utilise le premier scénario de Zhuravlev pour écrire son film d'animation "La révolution interplanétaire".
- en 1953 : Valentina Brumberg, l'amie de Khodataev, utilise le deuxième scénario de Zhuravlev pour écrire le scénario de son dessin animé "Voyage vers la Lune".



 


1953, Полет на Луну (Polet na lunu, Vol sur la Lune)
Ce dessin animé de Valentina Brumberg (Валентина Брумберг) sera réutilisé en 1957 aux Etats-Unis dans la série télévisée The space explorers : les images du vaisseau spatial sont celles du film allemand de 1937, Weltraumschiff 1 startet, et les images de l'intérieur du vaisseau, des personnages et des déplacements sur la planète sont extraites de Polet na lunu.
Kosmicheski Reis 1935 >> Polet na lunu 1953 >> The space explorers 1958
durée : 30 minutes

 
Le film a été annoncé dans la Комсомольская правда, "La Vérité du Komsomol", du 9 janvier 1954 : malgré quelques faiblesses (caractère du professeur Bobrov peu marqué) le film est positivement apprécié (en particulier le caractère du jeune pionnier Khomyakov Kohl, ainsi que ceux des autres enfants Kolya, Petya, Sandy et Natasha, sans compter l'intervention heureuse du chiot Tobik). En somme la critique est sensiblement la même que celle de son film aîné !

Scénario V Morozov et N Erdmann.
Artistes-producteurs G. Kozlov, Vladimir Nikitine, I. Nikolaev.
Compositeur Yuri Levitin.
production du film "Soyuzmultfilm Studio" (Союзмультфильм)

Image extraite de la Komsomolskaya Pravda de 1954

 
Dès le générique chacun peut comprendre que le scénariste a pu avoir connaissance du film de Zhuravlev : en effet le nom du film, "Vol sur la Lune", s'accompagne du sous-titre "Film fantastique". Or le film "Le voyage cosmique" était lui-même sous-titré par une "Nouvelle fantastique"


 

L'histoire raconte l'épopée d'un voyage vers la Lune, réalisée par une fusée et son équipage. Suite à incident la deuxième fusée, identique à la première, est envoyée à la rescousse. Dans le film le Voyage cosmique le deuxième vaisseau qui devait lui aussi partir en secours ne sera finalement pas envoyé.
Les deux fusées sont marquées sur leur flanc 1 et 2, comme l'étaient leurs ancêtres de 1935.




 

Pour continuer dans la technique, la fusée sera filmée de face lors du début de la mise en place de la fusée lors du lancement... Cette façon de filmer de face n'est connue dans aucun autre film, ce qui pouve bien la similitude entre les eux films et le fait que l'équipe de Valentina Brumberg avait bien vu le film de Vassili Zhuravlev.


 

... et celle-ci s'envolera sur une rampe de lancement.
La seule différence est que la rampe du dessin animé est courbe alors que celle du film prédécesseur est rectiligne !


 

Passons aux personnages. Le pilote du vaisseau principal est un vieux scientifique, dans les deux films ! Mêmes cheveux blancs et barbe blanche.
Le levier de commande est passé d'une barre de navigation de bateau au "manche à balai" d'un avion.


 
Dans les deux cas ce vieux pilote est accompagné d'un assistant, et toujours dans les deux situations c'est une jeune femme !


 
Et pour poursuivre la ressemblance des deux films, ces deux premiers personnages sont rejoints par un passager clandestin. Et dans les deux films ce sera un jeune pionnier. Seule la façon par laquelle ils sont entrés dans la fusée est différente : subrepticement pour le premier film, par erreur endormi dans une caisse pour le dessin animé.



 
Dans l'espace bien évidemment l'équipage s'adonnera aux joies de l'apesanteur, et dans les deux cas ce sera l'équipage au complet qui volera au travers de la vaste cabine.


Le film d'animation comprend cependant une scéne d'objets et d'eau en apesanteur, scènes prévues par Zhuravlev dans son film mais finalement abandonnées pour raison de complexité technique.

 
Est-il besoin d'ajouter un commentaire à ces deux images ? Oui, juste pour préciser que dans les deux cas la main est celle du vieux pilote.


 
Une des toutes premières actions que les voyageurs entreprennent est de consulter une carte de la Lune. Dans les deux cas cette action est assez ridicule, la précision des cartes étant insuffisante pour espérer y retrouver les paysages observés.


 
Dans leurs promenades lunaires les personnages s'amusent avec la gravité réduite. Les deux images suivantes décrivent le saut fait par le jeune pionnier au-dessus d'un ravin.


 

Mais dans les deux films un accident surgira, et dans les deux cas concernera le pilote. Dans le film de Zhuravlev il sera sauvé par ses deux compagnons, dans le dessin animé c'est un membre de l'équipage de la première fusée en perdition qui lui viendra au secours.


 
Et enfin, pour terminer ces points de comparaison, je propose une dernière image : dans la ville survolée par les fusées on peut apercevoir le même monument, le Palais des Soviets qui en fait n'exista jamais.

2005 Первые на луне (Premiers sur la Lune)
Film récent, il décrit le premier voyage des soviétiques vers la Lune durant les années 1930. Construit comme un documentaire ce film rassemble des images d'archives et des images récentes artificiellement vieillies. La séquence démontrant le vol est extraite du film le Voyage cosmique. Ce film est une amusante mystification, définie comme tel par son auteur.



   
 


La polémique

S'il doit exister des polémiques concernant ce film, il en est une des plus importantes : c'est que ce film se serait largement inspiré du film de Fritz Lang, "Frau im Mond" sorti en 1926. Je n'y crois pas, mais pas du tout, et c'est ce que je souhaite démontrer ici.
Bien sûr le thème de départ est commun, un voyage vers la Lune avec alunissage et retour sur terre. Et ces deux films se sont construits avec l'aide d'un éminent savant, Oberth pour le film allemand de 1926 et Tsiolkovski pour le film russe. Mais ces éléments me semblent trop limités pour vouloir y voir ici une copie !
 
Je vais donc essayer ici de m'attacher aux différences qui éloignent ces deux films.  

 
  Frau im Mond
Космический рейс
Le but du voyage
Le vieux scientifique a démontré sa théorie selon laquelle il devait exister de l'or sur la Lune. C'est la motivation essentielle du voyage, contrôlé par un groupe de brigands attirés par cet or lunaire.
Le but du voyage est scientifique et humanitaire. La Lune est une étape pour l'Homme. Le projet de vol spatial est porté par un scientifique dont l'objectif est d'explorer la Lune et l'espace.


 

L'héroïne

C'est une personnalité sensuelle dont le coeur chavire entre deux hommes. C'est une personnalité forte du film, un des personnages marquants.


Certes notre héroïne sera surprise en compagnie d'Orlov, mais à choisir entre lui et le voyage sur la Lune elle préférera le vol dans l'espace.
Dans la fusée, elle fera le ménage...


 
La base de lancement
La base allemande est dans le plus pur style Zeppelin, tel qu'il sera repris dans le film de 1936, "Weltraumschiff 1 startet". Le hangar est donc une reproduction des hangars Zeppelin.
La base de lancement est un grandiose Institut des vols interplanétaires, dont la dénomination ne cache pas les ambitions exploratoires. Le hangar ne constitue qu'une petite partie du complexe.

 
Le lieu d'alunissage
Le lieu est choisi lors du départ : c'est la face cachée de la Lune.
L'arrivée est plus hasardeuse, et les voyageurs constaterons qu'ils se sont finalement posés sur la face cachée.

 
L'intérieur de la fusée
La fusée allemande est verticale, la fusée russe horizontale. L'intérieur de la fusée de Fritz Lang est donc construit comme un appartement duplex à deux étages, une échelle permettant d'accéder aux deux niveaux.
La fusée russe est horizontale : son aménagement intérieur est disposé le long du cylindre horizontal. Contrairement à la fusée allemande il n'y a qu'une seule pièce d'habitation contenant le poste de pilotage, le lieu de repas, les hamacs.

 
Le tachymètre
La vitesse permettant de s'éloigner de la Terre est d'environ 11,2 km/seconde. C'est une constante physique. Les deux engins spatiaux ont donc le même cadran indiquant la vitesse, la mesure de cette vitesse témoignant de la puissance nécessaire.
Avec une très grosse différence : bien que la vitesse de libération (11,2 km/s) soit parfaitement connue de Tsiolkovski le compteur de vitesse est limité à 10 km/s, juste assez pour la vitesse de satellisation autour de la Terre, pas assez pour aller vers la Lune.

 
Le compte-à-rebours
C'est l'apport essentiel du film à la science : le lancement est précédé par le décompte des secondes avant le lancement. C'est la procédure de lancement avec compte à rebours qui sera retenue par toutes les nations spatiales.
Dans ce film, pas d'horloge, pas de compte à rebours, pas de top départ. Ici, c'est le Directeur du lancement qui séquence la phase de départ. Et il convoque les voyageurs comme au théâtre on appelle les acteurs !

 
Entrée dans la fusée
La différence principale consiste dans la position de départ de la fusée : dans le film allemand la fusée décolle verticalement. Les voyageurs pénètrent dans la fusée par une échelle de corde.
Non seulement la fusée est horizontale, mais la structure de départ est beaucoup plus étudiée. On entre dans la fusée depuis une passerelle horizontale, à laquelle on accède par un ascenseur.

 
Le lancement
Le lancement est effectué avec la présence d'un public nombreux venu y assister. Le moment est diffusé sur hauts-parleurs.
A part quelques personnes devant le bâtiment de l'Institut et quelques jeunes pionniers le lancement se fait au-dessus d'une ville endormie.

 
Déclenchement du lancement
C'est le pilote de la fusée qui active le lancement de la fusée, en liaison avec le compte-à-rebours.
Comme pour le décompte du temps, c'est le Directeur du lancement qui actionne l'imposant commutateur.

 
Phase de lancement
La fusée allemande décolle verticalement, curieusement installée dans un bassin aquatique.
Cette fusée décolle depuis une rampe de lancement qui s'élève doucement.

 
Phase de décollage
La phase d'ascension est très courte, l'accélération est extraordinaire. Les deux étages de la fusée vont se séparer quelques secondes après.
Ah ! Une séquence pratiquement similaire. L'image de la séparation des deux étages est également très furtive.

 
Les voyageurs au décollage
Dans le film allemand les voyageurs sont installés dans les lits simples et souffrent des effets de l'accélération.

Les voyageurs tomberont ainsi en inanition pendant plus de 6 heures.
Confortablement installés dans leurs cabines à eau, les voyageurs ne souffrent pas de l'accélération.

Ils peuvent ensuite rapidement en sortir et s'amuser des effets de l'apesanteur.

 
Les préalables
Heluis a envoyé préalablement une fusée H32. Cette fusée s'est écrasée sur la Lune et son impact a été vu depuis la Terre.

Le but essentiel de ce lancement est de photographier la surface de la Lune, et notamment de sa face cachée.
Le professeur Sedykh a envoyé deux fusées, la 127 et la 128, uniquement pour tester les effets de l'espace sur des animaux.

La fusée 127 contenait un lapin, la 128 qui s'est posée sur la lune un chat. Le lapin est mort, le chat sera vivant !

 
     
     
 



mise à jour le 14 juillet 2011 /// http://project.mettavant.fr/kosmic.htm
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