Космический рейс - Voyage cosmique - Cosmic JourneyCopyright C.Mettavant © 2006

Le Film (origine, création) Les auteurs du film (cinéaste, artistes, techniciens, conseillers) Les acteurs du film La fusée du Film (décors, animation) La Ville de Moscou et l'Institut (ville, rampe de lancement) La Lune (décors, animation) Les films avant 1935 Les films après 1935 Les oeuvres anticipatrices (Verne, Tsiolkovski)





Ma passion pour ce film méconnu : Космический рейс , un Raid cosmique (traduction officielle russe des années 1970) ou le Voyage cosmique (terme le plus utilisé aujourd'hui).
Vous découvrirez dans les pages suivantes un grand nombre d'informations, dont une part importante inconnue en France et bien d'autres pays en 2005. Vous y trouverez également beaucoup d'illustrations, notamment des photographies non publiées à cette date. Bonne découverte !



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Liens utiles :
un article de Glenn Erikson, que je remercie pour son sympathique encouragement.
un superbe article français écrit par Jean-Luc Algisi sur le site Kinoglaz.
en russe l'article journalistique de 1954, minitieusement récolté par l'excellent site EpizodsSpace et également disponible chez Drugoe-Kino.

Un grand merci à mes traducteurs occasionnels : n'ayant pas la maîtrise de la langue russe et les traductions automatiques n'étant pas assez précises, j'ai fait appel à quelques compétences. Bravo donc à Raphaël Choppinet qui a bien commencé les sous-titres français du film, à Judith Depaule pour son complément sur cette traduction, à Patrice Cazal pour son immense travail dont la traduction complète de la correspondance entre Tsiolkovski et Zhuravlev.
 
 
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Titre russe
Titres étrangers
Titre français
Космический рейс
Kosmicheskiy reys
Kosmicheskij rejs
Kosmicheskiy reis
Cosmic Journey
The Space Ship
The Space Race
The Space Voyage
Cosmic Voyage
The Cosmic Flight (Mosfilm)
Un Raid cosmique (éditions Mir)
Voyage cosmique
 
La nave cosmica (Italie)
Il volo spaziale (Italie)
Kosmitchesky Reis
Cosmic Vessel
Cosmical Passage (UK)
Der Flug in den Kosmos (Allemagne)
Kosmische Reise (Allemagne)
宇宙飛行 (Japon)

Fusée de Tsiolkovski



Ce film soviétique de 1935, sorti sur les écrans onze années après le fameux film de science-fiction russe Aelita (1924), raconte un premier voyage vers la Lune. L'histoire se déroule à Moscou, durant l'été 1946 : un académicien accompagné d'une aspirante et d'un jeune garçon qui s'était introduit subrepticement dans la fusée au moment du départ, s'envolent dans l'espace et alunissent. Après s'être promenés sur le sol lunaire ils reviendront sur terre où ils seront accueillis et fêtés comme il se doit pour cet exploit.

La grande rigueur scientifique.
Une des plus grandes qualités du film est la très grande attention scientifique portée à sa réalisation, soutenue par de nombreux conseillers dont l'éminent écrivain - savant - vulgarisateur Constantin Tsiolkovski, le pionnier de l'astronautique, alliée à des moyens exceptionnels financiers et techniques. Le résultat en est un film unique, véritable précurseur des films de science-fiction sur la conquête spatiale, très certainement le plus beau film d'avant la deuxième guerre mondiale mais totalement méconnu. A l'origine destiné aux enfants, largement imprégné d'héroïsme et de glorifications (voir par exemple le singulier "CCCP" clignotant sur la Lune !), et malgré la légèreté du scénario où seule la personnalité du jeune Andriocha est marquante, il mérite cependant pleinement qu'on s'intéresse à lui et qu'il entre dans la liste des grands classiques du cinéma de science-fiction russe et mondial !

La qualité technique apportée à la réalisation de film ne sera pratiquement atteinte aux Etats-Unis que bien des années plus tard dans des films comme Destination Moon (1950), Project Moonbase (1953) ou Conquest of Space (1955). Et pas avant 1958 en URSS avec Pavel Klushantsev dans son film Doroga K Zvezdam (Дорога к звездам) qui raconte la vie de ... Tsiolkovski !



La fiche du film


Cette fiche a été créée dans le style des fiches françaises du cinéma "Monsieur Cinéma". J'ignore si une telle fiche avait été faite, mais après de nombreuses recherches je ne l'ai pas trouvée. J'ai donc imaginé cette fiche en hommage à cette collection.


Introduction



Projeté pour la première fois en janvier 1936 (ou plus probablement quelques jours avant), le film Космический рейс a connu un vif succès trop rapidement écourté : les conditions drastiques de la surveillance stalinienne ne lui permirent pas la carrière qu'il aurait du vivre, et le voile qui avait été jeté sur ce film ne s'est que très récemment levé. Ainsi il ne figurait dans pratiquement aucune chronique, histoire ou analyse du cinéma russe.

Ou plus exactement telle était la situation jusqu'à ces dernières années. Car la qualité de ce film, la prouesse technique de ses décors et animation, le font sortir de l'oubli et, pour notre plus grand bonheur, il commence à apparaître sur les écrans. Il n'était pas juste qu'il reste encore plus longtemps caché ou si peu connu. Ainsi lorsque j'ai commencé mes recherches au printemps 2006 quelques très rares sites l'évoquaient, à l'été 2008 le film est sorti en plusieurs éditions de DVD, il commence à figurer dans toutes les histoires de la science-fiction.

C'est cette injustice qui m'a amené durant cet été 2006 à le regarder attentivement, à l'apprécier et lui consacrer ces quelques pages.

La génése de ce site consacré au film
Par quel cheminement ou hasard suis-je arrivé à découvrir ce film ? C'est uniquement grâce à Constantin Tsiolkovski ! En effet dans ma jeunesse, il y a plus de 30 ans, j'avais acheté un livre russe écrit en français qui était un recueil des récits de ce génie précurseur de l'astronautique. Un livre passionnant de près de 500 pages, édité par les Editions en Langues Etrangères de Moscou. Suite à un récent déménagement j'ai rangé ma bibliothèque et j'y ai redécouvert ce livre que j'avais conservé mais oublié.

A la fin de ce livre il était ajouté une copie photographique d'un cahier de notes datant de 1879 dans lequel Constantin Tsiolkovski, jeune étudiant, avait commencé à mettre par écrit ses prémières idées.
Mais juste avant ce cahier, se trouvait la traduction d'une lettre pubiée par la Pravda du 23 juillet 1935. Cette lettre (lire texte) annonçait l'adaptation prochaine à l'écran de ses récits par le cinéaste Zhuravlev. Lorsque j'avais lu ce texte pour la première fois, il ne m'avait pas marqué.
Couverture recueil Tsiolkovski.
Couverture de l'édition russe du recueil des oeuvres de Tsiolkovski (1960)

Aujoud'hui, ma curiosité se trouve partiellement satisfaite par l'intermédiaire de l'Internet : il suffit d'entrer quelques mots dans un moteur de recherche et immédiatement toute une liste de sites est proposée. Ainsi en tapant les trois noms propres que j'avais trouvés dans le texte, "Tsiolkovski, Jouravlev et Mosfilm", je suis directement parvenu sur le site Kinoglaz, et tout particulièrement sur l'article décrivant le film Le voyage cosmique. Un clic de souris supplémentaire et j'accédais à la page très complète et remarquable relative à ce film. La chose était faite, j'avais attrappé le virus !



Les décors



Les décors du film ont été créés par une équipe constituée de Youri Shvets le peintre-décorateur et principal coordinateur artistique, les peintres Alexey Utkine et Tiunov, le peintre et animateur Fiodor Krasne. Le plateau de tournage était constitué de plusieurs décors appelés simplement "l'espace", "le cratère de lune", "le hangar" et bien d'autres.

Les différentes parties artistiques.
Par exemple "l'espace" était destiné à représenter le vide spatial. Tsiolkovski avait informé l'équipe que dans le vide les étoiles ne scintillaient pas en raison de l'absence d'atmosphère. Les techniciens imaginèrent sous les conseils avisés de K.N. Shestovsky, le directeur du planétarium de Moscou, plusieurs solutions pour représenter l'espace : celle qui sera finalement retenue est de recouvrir les murs d'un plateau de tournage de 400 mètres carrés, situé au milieu des autres plateaux et juste à côté de celui représentant le hangar, par une structure soutenant une grande toile de velours noir sur laquelle étaient fixées 2500 ampoules de puissances variées, telles que lampes de poche ou phares automobiles.

  La fusée
  Moscou et l'Institut
  La Lune


Les scènes que nous ne verrez jamais !

Toutefois, certaines scènes ou idées durent finalement être abandonnées, soit en raison de l'impossibilité technique de les réaliser, soit par raison de limites budgétaires. Ainsi dans le film on ne verra pas de scène de sortie dans l'espace (voyageur en scaphandre flottant dans le vide), ni de bulles d'eau flottant en apesanteur.
 
 
   
En 1929, six ans avant le "Voyage cosmique", Fritz Lang dans son film "Frau im Mond" avait tourné une scène représentant des bulles d'eau flottant en apesanteur. Cette illusion avait été réalisée avec des trucages inspirés du cinéaste français Méliès. Ces trucages étaient d'une qualité moyenne (le scénario prévoyait que les bulles d'eau étaient reprises par le voyageur dans un verre, mais dans le film elles disparaissent après leur récupération dans le verre !). Zhuravlev avait prévu cette même scène, mais l'abandonna, certainement suite à l'impossibilité d'en faire une scène réaliste et de qualité.
       


Les dessins de Tsiolkovski.
Et pourtant Tsiolkovski avait travaillé sur tous ces aspects. Ainsi sur ce document composé à partir d'un manuscrit daté de 1934, le scientifique décrit le fonctionnement d'un sas de sortie : ce dispositif permet au voyageur de l'espace de sortir du vaisseau en ne laissant échapper qu'une petite partie de l'air de la cabine.
Sas
De gauche à droite la séquence présente les différentes étapes : le voyageur équipé de son scaphandre et de sa réserve d'oxygène sur le dos entre dans le sas, referme la porte intérieure puis ouvre la porte extérieure, et enfin sort du vaisseau pour flotter dans l'espace. Un câble permet d'éviter au voyageur de dériver et se perdre dans l'espace.
Cest bien ce sas qui sera installé dans la fusée du film. Il ne servira pas à des sorties dans l'espace. Mais il sera utile sur la surface lunaire.
Ce principe de sas sera finalement consigné en 1934 par Tsiolkovski dans le recueil, "l'Album des Voyages spatiaux", Альбома космических путешествий, qu'il remettra à Vassili Zhuravlev.
Ce dernier retrouvera bien des années plus tard cet album dans ses archives et le remettra au musée GMIK ouvert à Kalouga en 1967. La première pierre de ce musée fut posée par Youri Gagarine le 13 juin 1961).

 
Ce dessin prouve que cette scène aurait pu apparaître dans le film. Cette séquence fait donc partie des projets abandonnés du film !


Les costumes



J'ignore par qui les costumes ont été créés, mais tous ceux des personnes à terre sont très classiques. Les uniformes du personnel de l'Institut ressemblent à des uniformes de la Marine soviétique : tuniques sombres, casquettes blanches et pantalons blancs. Le choix venait certainement d'une logique de "vaisseaux spatiaux", ou de sous-marin . Mais ces personnages resteront assez discrets, le film se voulant une victoire du Peuple, plus civil qu'un projet de conquête militaire.

Quant aux combinaisons spatiales utilisées pour le vol et les promenades lunaires, elles sont directement inspirées des scaphandres utilisés pour les travaux sous-marins et inventés au XVIIIe siècle : la partie haute est rigide, le corps est en matière souple, les chaussures sont à semelles lestées.



Enfin, on sait que les costumes avaient été soumis à l'approbation de Tsiolkovski (notamment cité dans La Vérité du Komsomolskaya, 11 janvier 1936). On voit ainsi ci-contre un des documents retrouvés dans les archives de l'écrivain, attestant ainsi que le projet lui avait été communiqué.

Ce vêtement était destiné aux astronautes. Le terme astronaute a été utilisé en Union Soviétique jusque 1961 et le vol de Youri Gagarine : la racine latine a alors été remplacée par le mot d'origne grecque afin de composer le substantif cosmonaute.
 

   
Les casques portés par les voyageurs lors de leurs promenades sur la lune m'avaient intrigué : Zhuravlev avait raconté que lors du tournage les acteurs avaient souffert de la chaleur sous la puissance des éclairages car ils étaient vêtus de costumes lourds et épais. Sous leurs casques ils devaient avoir des difficultés à respirer. Mais en fait, en regardant un peu plus attentivement les images, je me suis aperçu que les casques étaient aérés, une ouverte étant pratiquée de chaque côté du casque, entre les deux tuyaux d'oxygène.
 
Sur cette image en gros plan on aperçoit nettement l'ouverture sur la droite de l'image : de chaque côté du casque deux grandes ouvertures rectangulaires verticales ont été réalisées. En haut et en bas de cette ouverture un tuyau a été fixé, et entre ces deux tuyaux le trou a été laissé libre.
Une ouverture ayant été laissée libre de chaque côté du casque, l'air pouvait ainsi circuler et rafraîchir légèrement le visage des acteurs.
L'emplacement des trous est discret, sur l'écran on peut le voir uniquement dans les scènes où les acteurs sont éclairés de dos : le trou laisse alors passer de la lumière alors que l'intérieur du casque est sombre, et parfois les visages sont alors éclairés par la lumière pénétrant par ce trou.

D'autres exemples :
     
Malgré le reflet sur le hublot (dont on voit la perfectible planéité) l'ouverture gauche du casque est bien visible.
Et sur cette image c'est l'ouverture droite qui est visible (à gauche de l'image). Par l'ouverture gauche un rayon de lumière pénètre et éclaire l'oreille de l'acteur !
       
Je vous laisse le plaisir d'en découvrir d'autres dans le film !

La musique



Le film a été produit en 1935. Il aurait pu être sonore : la technique existait et les moyens alloués au film étaient suffisants. C'est donc un choix délibéré que d'avoir préféré en faire un film muet, toutefois sonorisé par des extraits de musique classique. Vous pourrez lire une hypothèse d'analyse sur la page de Kinoglaz : ce film avait été produit dans un but pédagogique, pour être projeté dans tout le pays et notamment des endroits non équipés de projecteurs sonores. Seul un film construit sur le principe des films muets pouvait donc atteindre la plus large population possible.

Les morceaux de musique choisis par Valentin Kruchinine sont de :
Beethoven
Franz Liszt : C'est la partie la plus importante de la bande sonore du film. Le morceau Les Préludes, Mazeppa dont on peut notamment entendre le final à la fin du film, a également été utilisé peu de temps après, en 1940, dans le générique de la série télévisée américaine "Flash Gordon Space soldiers conquer the Universe". Etrange coïncidence certainement pas due aux effets du hasard ... On peut imaginer que les créateurs de la série américaine aient visionner des films de science-fiction afin de parfaire la construction de leur scénario, et que la musique du film russe leur soit rester en mémoire.
De la même façon cette musique sera également reprise tout au long du space-opéra Galaxina en 1980.


Récemment plusieurs groupes musicaux se sont essayés à sonoriser le film avec des musiques plus actuelles. On peut notamment relever les travaux des groupes russes Vetrophonia ou Mummy Troll. Cet exercice s'étant multiplié il est aujourd'hui difficile de dresser la liste de toutes les expériences menées à ce sujet.


mise à jour le 14 décembre 2016 /// http://project.mettavant.fr/kosmic.htm
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